Le temps des Robins des Bois

Publié le par paskov

Quel est le point commun entre David Assange, le fondateur de Wikileaks,  un convoyeur de fonds qui disparaît avec son fourgon blindé à Lyon et Eric Cantonna qui appelle à vider les comptes bancaires pour provoquer l'effondrement du système banquier? Ils apparaissent de plus en plus comme les nouveaux Robin Hood.

 

Nombreux sont ceux qui critiquent les méthodes de ces personnages, jugés ridicules, arrogants, irresponsables et même criminels. De tels personnages ont cependant toujours existé. Mais en cette époque très particulière, une partie grandissante de la population observent leurs agissements avec sympathie, et parfois avec une admiration qui est susceptible de se muer en un soutien actif. D'où vient cet engouement populaire pour ces Robins de Bois des temps modernes? Eveillent-ils en nous un sentiment qui remonte à l'enfance? Le héros seul contre les riches méchants, qui vole pour redistribuer aux pauvres.

 

John_Dillinger_mug_shot.jpgCette admiration pour les figures aux tendances anarchistes rappelle étrangement les années qui ont suivi le crash boursier de 1929. Pendant la grande dépression, la haine contre les banques, alors considérées comme les responsables de la crise, s'accroît aux Etats-Unis. Les exploits de John Dillinger et d'autres grands braqueurs de banques monopolisent les gros titres de la presse américaine et captivent ses lecteurs de 1931 à 1935. Les gangsters peuvent aisément se mêler à la population sans crainte d'être dénoncés et sont admirés comme de véritables stars du cinéma. D'ailleurs, hollywood produira de nombreux films de gangsters, dont Scarface de Howard Hugues. C'est également à cette époque qu'ont lieu les bank run, ou paniques banquaires quand un grand nombre de clients d'une banque craignent qu'elle ne devienne insolvable et retirent leurs dépôts le plus vite possible. Les deux derniers bank run datent de 2007 en Islande avec l'effondrement de la Nothern Rock et de 2008 aux Etats-Unis avec Indymac.

 

La crise de 2008 a forcé les autorités publiques à sauver les banques pour éviter l'effondrement du système. Malheureusement les milliards qui ont creusé les déficits publics des puissances occidentales n'ont été que partiellement réinjectés dans l'économie réelle. En effet, les banques refusent de jouer leur rôle de soutien à l'économie en proposant des taux de crédit aux entreprises beaucoup trop élevés et en gardant des marges de profits indécentes (la question des bonus est secondaire). Il arrive également que les milliards provenant des fonds publics ne suffisent pas à combler les pertes colossales, certaines banques entraînant dans leur chute les Etats, ses services et la protection sociale.

 

Règne alors un grandissant sentiment d'injustice parmi les peuples. "Nous avons sauvé les banques, nous devons payer et nous ne recevons rien en retour". C'est dans un tel climat que naissent les figures anarchistes, espérant que le système s'effondre pour de bon, afin qu'un nouveau monde puisse éclore (Voir le film Fight Club!). Nos élites devraient se rendre compte de l'état de détresse et de désespoir actuel au lieu de se gausser "Cantona n'est qu'un footballeur!", "David Assange est un criminel irresponsable!". Ils sont avant tout des signes que la société commence lentement à atteindre la limite de sa capacité de résignation.

 

David Assange, devenu en quelques années le leader de la révolution des geeks, provoque de violentes divisions. Deux groupes d'opinions se sont déjà formés: Ceux qui estiment que tout doit se savoir au nom de la transparence et ceux qui jugent que la diplomatie doit rester absolument secrète pour fonctionner correctement et assurer la paix mondiale. Ce débat ne sert strictement à rien s'il ne tient pas compte de la période que nous traversons. David Assange s'apprête justement à dévoiler des informations concernant une grande banque américaine. Nul doute qu'après cette prochaine révélation, sa popularité risque de s'accroître considérablement malgré le mandat d'arrêt international lancé contre lui.

Publié dans Réflexions

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