Repenser à long terme

Publié le par paskov

La logique du court terme s'est immiscée dans nos vies de manière toujours plus prégnante au cours des 50 dernières années. La majorité des produits que nous achetons sont jetables, programmés pour ne plus fonctionner après quelques mois. Les médias nous vendent l'information brute, sans analyse car il n'y a plus de temps pour la réflexion. Même dans nos vies privées, la société nous incite aux relations sexuelles courtes, intenses et sans avenir (voir le brillant film Shame!).


Dans le secteur financier et au sein des entreprises, la rentabilité exigée est devenue complètement irréaliste. A une époque encore récente, on investissait sur 10 ans, 30 ans et on attendait patiemment les retours sur investissement. Aujourd'hui, on mise sur les start-ups et les capital-risques; les entreprises "à fort potentiel de croissance". Cette tendance a contribué au développement du secteur des services, délaissant progressivement celui de l'industrie. Mais attendre 3 ans est encore trop long.


Alors on a créé l'économie virtuelle. Celle de la spéculation, des produits financiers complexes, de la machine à crédit (exemple: les subprimes) qui permet de créer de la richesse artificiellement et très rapidement. La rentabilité ne se calcule plus sur des années, elle se calcule en microsecondes. 4000 opérations à la secondes sont possibles grâce au High Frequency Trading sur les marchés. Nous regardons les ordinateurs effectuer des calculs que notre cerveau n'est pas en mesure de suivre.


L'époque pendant laquelle l'on fixait les cours des actions de la bourse de manière journalière, ou même par heure, paraît bien lointaine.


La stratégie appliquée en Europe et ailleurs pour sortir de la crise, droite et gauche confondue, est également court-termiste. Elle peut se résumer de cette façon: Le désendettement du secteur public couplé au retour à une économie compétitive.


competitivite.jpgQue signifie le "retour à une économie compétitive"? Une phrase prononcée sans relâche par les ministres, les chefs d'entreprises et les économistes qui n'ont rien vu venir en 2008. Cette phrase signifie essentiellement que la stratégie est de baisser le coût du travail. Elle implique de garder autant possible les marges de profit auxquelles s'est habituée la classe dirigeante pendant les années de grande productivité 1980-2006.


Baisser le coût du travail est par essence une stratégie du court terme. Il s'agit d'une politique déflationniste sur le modèle allemand. Faire baisser ainsi rapidement les prix des produits pour pouvoir les écouler sur le marché mondial. Encore faudrait-il que les émergents, notamment les chinois, ou plus précisément la nouvelle "classe moyenne" chinoise soit prête à acheter ces produits. Rien de moins sûr quand justement notre propre économie entre en récession et que nous n'achetons plus leurs produits. La Chine voit actuellement sa croissance chuter.


La logique du court terme de la société humaine s'applique aussi bien sûà l'environnement et au pillage des matières premières. Nous fonçons droit dans le mur.


Un professeur d'anglais un peu fou, entrepreneur brillant, tentait de me convaincre: "Chacune de mes idées de business ont fonctionné grâce à deux principes directeurs: compter sur l'avidité et la paresse des gens. Greed and Laziness! " Il s'agit du modèle anglo-saxon - ou celui des pirates - que nous avons tous adopté a divers degrés. Celui basé sur notre fameuse "nature humaine". 


Et si nous pensions différemment? A long terme? Sur quelles solutions cela déboucherait-il? Je suis certain que germent en vous aussitôt de nombreuses belles idées.  

Publié dans Réflexions

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eco-euro 16/07/2012 16:58

Tout est à repenser en cette période d'aveuglement généralisé ...
Très bon article !