Poèmes

Cauchemar

Quand un voile épais et noir recouvre mes yeux,
Que le brouillard descend du mont de mes pensées,
Je marche, les pieds nus, dans la forêt cendrée
Des poussières flottantes m'étouffent, l'air est vieux.

Entre les chênes vêtus de froides pénombres
Se faufile le vent, c'est la haine qui s'accroît,
Qui aime siffler et qui fait danser les ombres,
Même mes pâles traits se plient à cette voix.

La clairière en deuil perle sa rosée d'argent,
Des feuilles d'une ère mourante se pâment
Et pèsent sur des tombes oubliées par le temps,
L'écueil du monde, c'est le cimetière des âmes.

La rangée de croix grises se perd dans la brume
Devant l'une, l'éternité a creusé l'abîme
Mon nom y est gravé en lettres d'amertume
Je m'y jette, ce qui, soudain, me réanime.

 

Mélodie d’un soir

La note de tendresse me serre dans ses bras,
Elle traverse l’air silencieux avec grâce
Et me chuchote ce que la vie de moi fera
J’espère que jamais ne s’effacent ses traces

J’écoute l’enchantement des sens,
J’écoute une tendre présence…

Les draps blancs et sombres épousent mon confort
Jusqu’au fond du lit, elle dépose sa douceur,
Me tente de caresser ses ombres encore,
Me supplie de ne jamais éteindre sa chaleur

J’écoute l’enchantement des sens,
J’écoute une douce présence…

Le voile des yeux tombe éternellement
Le long de mes pupilles sommeillantes,
Et j’endors toutes mes pensées troublantes,
J’éveille l’essence d’un monde hors du temps

J’écoute l’enchantement des sens
J’écoute l’amante présence…

 

Promenades de nuit

Les arbres noirs semblent se vêtir
Des vieux espoirs d'un soleil mourant.
Les étoiles s'empêchent de mourir
Dans les bras de la veuve du temps.

Dans la rue silencieuse et désertée
La légère tombée pluvieuse se tait.
Sur le pavé, miroir déformé et sale,
Se reflète la lueur des réverbères pâles.

Les passants deviennent des ombres
Chacun cachant une pensée sombre,
De cette forme mouvante de la nuit
Seul un regard d'épouvante luit.

La promenade devient un voyage,
Où se baladent les sentiments sages.
La lune nage dans les ténèbres,
C'est l'opportune image de l'être.

Dans la rue silencieuse et désertée
Pensant à elle, je continue de marcher
Laissant le hasard décider du chemin
Sur le pavé, miroir de cette vie sans fin.

 

Train funèbre

Cette nuit d'hiver, le train funèbre avance,
Dans les ténèbres, la chose crache sa fumée,
Jamais ne s'arrête et rugit avec violence,
C'est le dernier voyage de ceux qui furent aimés.

Les fracas de métal se perdent dans la plaine,
Des carrés d'une lueur pâle dansent sur la voie
Derrière ces vitraux, des gens avec leurs peines,
Evidés de lumières, se renferment de traits froids.

Dans les entrailles en acier sombre, tout tremble.
Chaque coup de rail frappe les cloisons de fer,
Les craquement sont plus forts et tout se cambre,
Bientôt va lâcher le wagon bestial où j'erre…

 

Jardin rêvé des sens

Souvent ce rêve m'emmène dans le verger,
Je me promène entre les vieux orangers

Des yeux d'or larmoient et pleurent de joie
Dans la nuit ornée d'un bleu qui se noie

Les chemins sont voûtés de fleurs et de thyms
Le jasmin m'envoûte de son doux parfum

Au bout de l'allée ornementée de pêchers,
Une belle, sans bouger, semble m'observer

Au sommet d'une éternelle fontaine
Elle m'interpelle, le visage blême

Une brise berce les pétales roses dans l'air
Sous son emprise, je n'y échappe guère

J'approche celle qui a troublé ma vue
Faite de roches, ce n'est qu'une statue

Entourée de jets d'eau répétant leur ballet
Et reflétant une tristesse argentée.

 

Moscou

Sur la place Rouge, Lénine est presque seul
Le vent chagrine sur un vieux drapeau de sang
Le Kremlin déprime pensant à l'ancien temps
Oublié dans un coin, Staline se sent veule

Tels les gardes rouges sur les humides pavés,
Un journal oublié continue ses rondes
Au gré du vent, il danse entre les tombes
C'est la Pravda avec ses mensonges désuets

Descente obscure sous les humides pavés
Le métro murmure sous ses voûtes ornées
Des sons de foule pressée de retrouver l'air

Les marques communistes envahissent
La triste forêt de marbres pâles mais clairs,
Jamais ces souvenirs ne s'évanouissent.

 

Corsica, charmeuse de la nuit

Des lumières flottantes avancent dans la nuit,
Elles cherchent mon pays au milieu de la mer
Le vent leur apporte l'air envoûtant du maquis,
Une belle voix qui chante de nombreux mystères

Des montagnes de pénombre surgissent des eaux,
Entre leurs sommets s'esquisse le ciel étoilé
La veuve cache son voile entre ces arceaux,
Son œil éclairé sourit sa charmante beauté

Pins noirs et rochers verts protégent une plage
Vierge par sa nappe sablée au teint lunaire,
Surveillée par une tour qui trahit son âge,
Bercée par le chant marin des vagues légères

L'eau noire du vieux port de la chère Bastia
Reflète la poussière d'or tombée de là-haut
Du soir à l'aube, les vieilles demeures ici-bas
Semblent noyées entre les amarres des bateaux

 

 

Bruxelles

 

Un murmure d’eau emprunte les gouttières,

Se perd dans les ramures des demeures

Et se meurt dans le sol gorgé de bière.

De ce terreau poussent les verts en chœur !

 

Les lueurs et les briques et les grisés

Tournoient en pleurs et volent entre le ciel

Bouché et la terre sans pique, usée

Par le labour des siècles industriels.

 

Les hommes ombres empruntent les ruelles

Et se trompent aux croisements des bonnes,

Des belles et des sans vertu aucune. Qu’elle

Ne se perd pas à son tour quand elle donne !

 

Ne soufflez pas la poussière sur les tombes !

Elle recouvre nos cœurs, la beauté cachée

Et l’humeur d’hier. Les fleuves abondent

Mais nous ne voyons plus l’eau toute crachée.

 

Aucune bombe, mais de vils projectiles

Désaccordent une ville qui chavire.

Les briques sont ivres mais les dociles

S’accordent à verser et ne rien dire…