Un monde sans travail

Publié le par paskov

Dans les années 50 et 60, l'électroménager s'introduit dans tous les foyers. Afin de promouvoir ces nouveaux produits, les publicités vendent la vision d'un monde plus agréable. Le message s'adresse avant tout aux femmes au foyer (souriantes et heureuses!) dont les tâches menagères seront moins pénibles.

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En 1495, Leonardo Da Vinci dessine un humanoïde mécanique: un chevalier automate. L'avénement de l'électricité revigore le fantasme du robot à la fin du XIXème siècle. Il est une créature fantastique et métallique qui inspire la littérature et le cinéma (Villiers de L'isle-Adam, Fritz Lang). Les progrès technologiques du début du XXème siècle permettent d'envisager une utilisation rationelle et industrielle des robots.  En 61, un premier robot fait son apparition dans les usines de General Motors. Inventé par George Devol, il s'appelle Unimate et travaille sur les chaines de production. Des tâches systématiques sont encodées dans sa mémoire. 

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Ce qui nous amène à la révolution informatique. Avec des séries de 1 et de 0 on découvre qu'une machine peut calculer les opérations les plus complexes, dépassant de loin les capacités humaines. L'ordinateur, des années 70 jusqu'à aujourd'hui, décuple la productivité des entreprises de façon exponentielle. Désormais, les machines  dessinent, conçoivent, calculent, effectuent, réalisent presque tout à la place des humains. Contrairement aux employés, les machines sont des investissements et ne demandent pas le versement régulier d'un salaire.


Les emplois qui créent de la richesse deviennent par conséquent de plus en plus rares. Le secteur des services dépasse celui de l'industrie. Le chômage devient structurel. Les entreprises qui délocalisent en Inde et en Chine n'ont pas forcément détruit les emplois en Occident pour en créer d'autres ailleurs, à moindre coût. Non, dans les nouvelles usines, des machines toutes neuves fonctionnent à plein regime, supervisées par des équipes réduites.


De ce rapide survol historique des progrès techniques, il ressort une évidence. Notre société a sans cesse poursuivi le but de réduire la pénébilité du travail et, idéalement, de le supprimer. Ne devrait-on pas verser une rente à chaque ouvrier remplacé par une machine? S'interroge l'économiste suisse Jean de Sismondi dès le début du XIXème siècle. Les écrivains de la Science-fiction des années 50 étaient persuadés que l'avénement du monde sans travail n'était qu'une question de temps.  


Cependant, l'être humain sans travail, sans but, sans aucune contribution à la communauté est dépressif au bout de quelque temps. Pour sa santé psychologique, le citoyen doit avoir une activité, qu'elle soit artistique ou pratique, qui interroge, entretient ou améliore la société dans laquelle il vit. 

 

Les récentes innovations technologiques auraient pu être une belle occasion de repenser notre rapport au travail. Cela n'a pas été le cas. Au contraire, les machines n'ont fait que décupler la richesse produite pour la concentrer entre les mains d'un petit groupe de gens. Ce non-partage s'est traduit par un découplage entre les salaires et les bénéfices des entreprises. Les salaires stagnent et les marges augmentent. La consommation immodérée du crédit et les artifices du marketing ont été nécessaires pour soutenir à bout de bras la croissance. Cette fuite en avant a fonctionné. Jusqu'à un certain point.  


Le "plein emploi" est une notion obsolète qui date de l'après-guerre et des trentes glorieuses. Il n'y a plus assez de travail pour tout le monde en termes de richesse produite. Pour que chacun puisse s'épanouir dans une activité, il faut repenser le travail. Imaginer un travail qui ne constitue pas uniquement un coût dans l'entreprise, mais qui contribue à la communauté. C'est dans cet esprit que certains Etats ont instauré des régimes favorables aux artistes (Quand ils ne font pas à des fins de propagande!). Malheureusement les budgets culturels sont les premiers à être saignés par les politiques d'austérité actuelles. Ce qui ne doit pas nous empêcher de continuer à reflechir à cette question essentielle. 


Publié dans Réflexions

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