Pourquoi la rigueur ne suffira pas

Publié le par paskov

Nous venons d'entrer dans une phase où la dette de la zone euro est désormais mutualisée. Sans s'en rendre compte, les européens deviennent désormais solidaires les uns des autres.


Un nouveau mécanisme est né: Quand un pays de la zone ne peut plus emprunter sur les marchés mondiaux/privés, comme la Grèce aujourd'hui, il se tournera vers ses partenaires européens, énoncera le plan de rigueur le plus spartiate de son histoire nationale en échange duquel il recevra des aides internationales (prêts bilatéraux et IMF). Angela Merkel dans le Bild am Sonntag vient d'inciter le Portugal et l'Espagne à épargner dès maintenant.


Ce mécanisme est très fragile car il est soumis à la volonté politique des dirigeants de la zone euro. Il ne s'agit après tout que d'aides internationales sans vrai cadre institutionnel. Le moindre soubresaut national d'un Parlement qui refuse de ratifier l'accord, la saisine d'une Cour constitutionnelle, le refus d'un dirigeant aux tendances nationaliste qui rêve de voir l'Europe couler et le jeu est fini. Game over!


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Un véritable "anesthésiste-réanimateur européen" auquel il faudra sans doute faire à nouveau appel très bientôt.


Le mécanisme est d'autant plus simpliste et de courte vue qu'il ne repose que sur une seule solution miracle: La rigueur. Cette recette est directement issue du FMI et a toujours été couronnée d'échecs patents, notamment l'Argentine. La  note pour la Grèce s'avère être particulièrement salée. En plus du premier paquet de mesures viennent s'ajouter le gel des salaires et des pensions dans le secteur public, une hausse de la TVA, une hausse des taxes sur le tabac et l'alcool, une taxe spéciale sur les entreprises les plus rentables, la réduction des investissements publics, la libéralisation totale du marché de l'énergie et un assouplissement légal pour licencier les employés.


A moins d'instaurer une nouvelle STASI pour contrôler chaque grec, le résultat de cette politique est prévisible: une plongée dans la récession, l'explosion du marché noir et une très forte instabilité sociale.

 

On peut naturellement rêver de ce qu'il faudrait faire mais politiquement si difficile à mettre en oeuvre. L'interdiction des Credit Default Swaps quand il s'agit d'un risque qui ne vous concerne pas directement. Une agence de notation européenne indépendante, idée que Michel Barnier a lancée récemment. Une politique économique d'envergure européenne, avec des pôles de compétitivité régionaux plus dévéloppés et des spécialisations stratégiques. Le tout doté d'un budget fédéral bien plus important pour mettre en oeuvre toutes ces belles idées.

 

Si seulement...


PS: Pour en savoir plus sur les réjouissances qui nous attendent, je renvoie à une récente fiche de Patrick Artus de chez Natixis.

Publié dans Actualite de la crise

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