Restructurer ou monétiser?

Publié le par paskov

La finance mondiale se retrouve en situation de surendettement par rapport à l'économie reelle. A un niveau historique. Il n'y pas de mystère, l'addition devra bientot être réglée, d'une façon ou d'une autre.

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Il existe principalement deux manières d'y faire face. Restructurer ou monétiser. C'est à dire, encaisser des pertes massives ou créer massivement de la liquidite.

 

Depuis le début de la crise, toutes les majorités politiques confondues en Europe (et aux Etats-Unis, en Chine, et au Japon), ont répondu à cette question d'une seule manière: qu'il fallait déplacer la dette coûte que coûte. Du privé vers le public. C'est ainsi que le sauvetage des banques et les mesures de stimulation de 2008 ont créé la crise de la dette publique, aujourd'hui présentée comme l'origine de tous nos malheurs. La dette publique, qui est devenue à son tour insoutenable, ne peut plus être déplacée. Les tentatives de montages financiers européens montrent leurs limites. Il y a desormais plus d'Etats "forts" que d'Etats "faibles" pour soutenir l'ensemble. Les gouvernements se sont donc résolus à la dernière option qui leur restait: monétiser la dette. C'est dans ce sens que l'annonce récente de la BCE de racheter de la dette de manière "illimitée" doit être interprêtée.

 

Déplacer et monétiser la dette aurait pu être une solution efficace et sans danger, avec l'aide d'une croissance exponentielle. Or, cette dernière a disparu progressivement. Certains analystes affirment même qu'elle n'est jamais véritablement réapparue depuis 30 ans, faiblissant de quelques pourcents chaque année, maintenue artificiellement grâce au crédit.

 

Déplacer et monétiser la dette sans croissance est donc synonyme de dangers. Une déflation suivie d'une rapide inflation? Ou une inflation tout de suite? Personne ne peut exactement le prévoir. La création illimitée de nouvelles dettes et l'injection de liquidités par les banques centrales sans creation de richesse équivalente conduiront inévitablement à une perte du contrôle monétaire.

 

Il s'agit certainement de la solution la plus injuste. Car elle affectera tout le monde, telle une vague violente, sans discernement: Les épargnants, les travailleurs sans épargne, les riches et les entreprises.

 

Qu'en est-il de cette autre option, la restructuration de la dette publique et privée? Elle n'est pas non plus exempte de dangers. En laissant Lehman Brothers faire faillite en septembre 2008, le système a faillit sombrer en l'espace de quelques jours. Pourtant, cette solution apparaît moins injuste. Dans l'hypothèse où un effondrement peut être évité, seuls les créanciers, certes très nombreux, seraient affectés: Certains fonds de pension, toutes les banques, de nombreux investisseurs particuliers.


Est-il possible de procéder à une telle restructuration sans provoquer le chaos et l'effondrement? Quand vous devez 1000 euros à une banque que vous ne possédez pas, vous avez manifestement un problème. Quand vous devez 10 millions à une banque que vous ne possédez, c'est le problème de la banque! Elle serait heureuse de pouvoir récuperer, ne serait-ce qu'une fraction du montant au lieu de tout perdre. Le rapport de force n'est pas forcément en faveur de celui qu'on croit. 

 

Pour cette raison, la restructuration partielle de la dette publique grecque en 2011 a été un succès. Les créanciers étaient heureux de pouvoir récupérer un petit pourcentage, plutôt que rien du tout. Il n'y pas eu de terrible réaction en chaîne. Les assurances CDS sur le défaut grec ont été préventivement neutralisées et n'ont pas été enclenchées. Une telle solution est donc possible. La science économique, les autorités financières, les créanciers et les gouvernements au lieu de se retrancher derrière ses vieux dogmes et de paniquer, devraient d'urgence explorer cette voie.


Publié dans Actualite de la crise

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