L'Orchestration des joies européennes

Publié le par paskov

Plus que jamais, la politique européenne est devenue une longue campagne de communication. Selon une partition bien orchestrée, le scénario se répète inlassablement tous les 2 mois. Il faut d'abord un enjeu dramatique. Par exemple, un sommet européen de la dernière chance. Ou bien une décision du Tribunal de Karlsruhe, que les juristes avaient bien anticipé. Ou encore une déclaration de Mario Draghi, Président de la BCE, sur un enième programme de rachat des bonds de pays en difficulté sur le marché secondaire. Des programmes, "SMP" devenu "OMT", voués au mieux à l'echec, au pire à une perte de contrôle de la politique monétaire. Le plus inquiètant est que cette orchestration semble destinénon pas au commun des mortels, mais aux marchés financiers, dont il faut restaurer "la confiance".

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En 5 ans de crise, les solutions proposées restent pourtant fondamentalement les mêmes:

- Maintenir sous respiration artificielle un secteur bancaire opaque, asphyxié par des décennies de dérives, plombé par des millions qui ne valent plus rien dans le monde réel.

- Protéger les revenus du capital coûte que coûte afin de satisfaire un éléctorat vieillissant, taxer toujours plus le travail, pourtant de moins en moins disponible.

 - Ne pas engager de réformes importantes du secteur financier, qui depuis longtemps, a déserté l'économie réelle.

- Réduire massivement les budgets publics, non pas en fonction des dépenses et des recettes. Mais en fonction de l'indice PIB. 

- Au moment où l'édifice recommence à  craquer, s'en remettre à la Banque Centrale, dont le bilan s'alourdit, et prier.

 

Le grandes journées médiatiques, les grands discours et les annonces ne remettent jamais en cause la poursuite de cette navigation à vue, dont le cap a été paradoxalement fixé il y a 5 ans sans la moindre réflexion. La seule véritable remise en cause a été d'effacer une partie de la dette publique grecque en 2011, au grand dam des créanciers. 

 

Le danger de cette mise en scène permanente est le suivant:

On peut l'évoquer d'abord symboliquement par le lapsus du Président du Tribunal de Karlsruhe. De manière solenelle et devant toutes les caméras du monde, il a déclaré que les requêtes au sujet du mécanisme européen de sauvetage sont absolument "begruendet", fondées, avant de se rattraper "unbegruendet!", infondées. Tout le monde respire. Rires dans la salle. Les bourses ne chutent pas. Personne ne remarque que la Cour a déclaré inconstitutionnels les rachats de bonds par la BCE.


Ce danger, plus concrètement, c'est le retour du refoulé. La réalité sociale et économique qu'on essaye de masquer et qui resurgit au moment où on l'attend le moins. Par exemple, la vague de suicides sans précédent dans les pays les plus touchés par la crise. L'emigration des jeunes de ces pays pour des raisons économiques. Le retour des familles dans les campagnes. La désindustrialisation qui s’est accélérée. Les défauts sur les crédits qui ont continué à augmenter, donc la situation des banques à se dégrader. Les revendications régionalistes de plus en plus bruyantes, comme celles de la Catalogne. Le chômage qui augmente partout. Enfin la récession dans laquelle plonge l'Europe: -6.2% en Grèce, -2.5% en Italie, -3.3% au Portugal. Elle touche également le coeur. L’OCDE prévoit, pour les trois plus grandes économies de la Zone euro – l’Allemagne, la France et l’Italie – un fléchissement moyen de 1 % en fin d'année.


Le retour du refoulé, on le dénomme également l'Histoire. 

Publié dans Actualite de la crise

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