Sauver notre spécificité européenne

Publié le par paskov

Ces derniers jours, il est sans cesse question d'urgence. L'urgence de sauver la Grèce. L'urgence d'éviter la contagion de la crise à la péninsule ibérique. Et l'urgence de sauver le système bancaire européen, menacé par les baisses successives de la notation des dettes souveraines. Mais il y a une urgence essentielle dont on parle moins, celle de sauver notre modèle social européen.

 

Les réponses à ces crises multiples sont désordonnées, lentes et peu européennes. La moindre rumeur fait plonger les bourses et la pression s'accroît sur l'euro. Les taux d'intérêts de la dette portugaise et espagnole grimpent en flèche à leur tour. Tous les journaux parlent désormais de la "survie" de la zone euro - ou non - a très court terme.

 

Pendant ce temps-là, les tractations de marchands de tapis continuent de plus belle. L'une des conditions pour le sauvetage financier de la Grèce serait que les grecs continuent à massivement acheter de l'armement de production française et allemande - avec l'argent qu'on leur prête naturellement! (Information de Daniel Cohn-Bendit à vérifier)

 

Les mesures d'austérité risquent de plonger le pays encore plus dans la récession comme vient de le confirmer la Commission Européenne - contraction de 3% du PIB en 2010 - et de faire exploser le marché noir avec la hausse brutale des taxes sur la consommation. Les grèves générales et les manifestations violentes avec leur lot de désespoir et de colère étaient prévisibles. Il faut évidemment moderniser l'Etat grec, mais pas de manière aussi brutale. Personne n'a proposé en face de solutions de croissance durable ni d'investissements intelligents, comme si tout était perdu d'avance. D'autant que ces efforts de redressement sont aussitôt emportés par le coût de la dette sur les marchés.

 

Sauver notre modèle social européen ou spécificité européenne

 

Les décideurs et journalistes parlent peu de l'autre urgence, celle de la désintégration pure et simple de notre modèle social européen. En Espagne, au Portugal, en Angleterre, en France et partout en Europe on prépare de tels plans de rigueur nationaux en pointant du doigt le cas grec pour préparer les opinions publiques.

 

Bien sûr, nombreux sont ceux qui vont clamer que le modèle social européen est un mythe. Mais il y a bien une spécificité européenne malgré l'incroyable diversité des systèmes nationaux. De nombreux Etats de l'Union sont les héritiers du modèle allemand de croissance du chancelier Ludwig Erhard, le fondateur du Mark, qui reconnaissait l'utilite du social malgre l'instauration de l'economie de marche. La France et d'autres pays latins ont opte pour une economie plus mixte en reservant des domaines de l'economie au controle etatique. Cette prédominance du souci du social durant la periode de l'après-guerre est tombée en désuétude dans les années 80. Les réformes de Thatcher et de Reagan ont depuis favorisé l'acceptation passive d'un modèle de croissance plus inégalitaire. Il est dommage que Milton Friedman ne soit plus parmi nous pour assister au résultat éclatant de ses théories.

 

Cependant la spécificité européenne a survécu tant bien que mal. Nous bénéficions toujours de la sécurité sociale, de la couverture maladie universelle, celle que Barack Obama tente de mettre en place chez lui malgré l'explosion des déficits. Nous bénéficions d'allocations chômage, de politiques familiales pour faire face au vieillissement de la population et enfin du droit social le plus protecteur au monde.

 

Ce que les économistes appellent "les stabilisateurs automatiques" ont permis aux européens de ressentir la crise économique de manière plus douce qu'aux Etats-Unis. Ces stabilisateurs ne sont-ils donc pas partie de la solution? Le souci du social doit faire partie du modèle économique durable, obligatoirement européen, auquel il faut réfléchir sans tarder. Plus globalement, la réglementation de la finance mondiale, dont discussion a été amorcée au comité de Bâle, doit prendre en compte cette dimension et ne pas rester en territoire purement amoral.

 

Décider de détruire ce qui reste de nos derniers remparts, c'est décider d'abandonner les plus faibles et les moins faibles. Et à terme, de couler tous ensemble.

Publié dans Actualite de la crise

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Mars 05/05/2010 19:30


L'état et avec lui la sécurité sociale est perdu si la société nen'assure pas très tôt que l'état ne peut plus faire la dépense que ses membres - les hommes!