Trop tard pour les eurobonds

Publié le par paskov

point-blank.jpgChaque semaine, nous franchissons un point de non retour. Le dernier en date est évident: il est trop tard pour créer des bonds du trésors européens sur le modèle des Etats-Unis. La raison est que la montée inéxorable des taux des dettes souveraines vient de toucher le coeur de l'Union. Apres l'Italie et l'Espagne qui sont à quelques mois de la faillite, la France, la Belgique et même l'Autriche subissent des hausses de taux bientôt insoutenables. Il y désormais plus d'Etats faibles que d'Etats fort. Angela Merkel a raison quand elle déclare: « Je ne trouve pas que cela soit le moment pour la mener, en pleine crise, comme si c’était une solution à la crise, car elle ne l’est pas ». En effet on aurait du y penser il y a 3 ans... Les fédéralistes européens ont tort de penser qu'il s'agissait de la solution miracle mais, on aurait gagné plus de temps. Qui peut donc nous sauver? Certainement pas le pauvre Fond Européen de Stabilité Financière (FESF), un bricolage artificiel dont les réserves ne seraient pas suffisantes pour sauver l'Espagne et qui peine à trouver des investisseurs. Certainement pas les BRIC non plus. La Chine et le Brésil ne supportent plus notre arrogance alors que nous sommes en train de couler. En réalite, il ne reste plus que la Banque Centrale Européenne et sa planche à billet. Etonnament, personne ne se pose la question de ce qui passera après, car il s'agit encore une fois d'une solution à court terme. L'euro n'est pas une monnaie de référence comme le dollar. La presse à billet ne sera pas illimitée... 


Désormais, la seule vraie solution est un défaut ordonné de la dette privée et publique dans tous les Etats d'Europe. Un "reset", en nationalisant toutes les banques et garantissant les dépôts des gens et des entreprises (au moins 100 000 euros pour les particuliers, la loi le prévoit déjà) pour éviter un bank run et l'effondrement total. Il faudrat en effet que l'on puisse retirer encore une somme minimale d'argent chaque semaine. C'est en réalite ce que proposent les allemands pour les Etats les plus faibles depuis le début. Cependant, ils se trompent lourdement en insistant d'abord sur la saignée des dépenses publiques et en visant certains Etats. Tout le monde occidental est concerné. Un tel défaut provoquerait immédiatement une catastrophe plus grave encore en Angleterre et aux Etats-Unis, où le niveau de la dette est plus bien élevé que chez nous. Mais tant pis, le "reset" vaut pour tout le monde.


Les conséquences de la restructuration des dettes seront dures à court terme pour tout le monde: encore moins de jobs, appauvrissement de nos sociétés, moins de services publiques. Difficile d'imaginer exactement ce qui va se passer. Il faut espérer qu'on arrivera à limiter la montée des extrêmismes et qu'on empêchera des crises politiques et sociales trop violentes comme celles des années 30. Un exemple plus récent, souvent cité, est celui de l'Argentine dont je conseille la lecture. La pertinence de la comparaison reste limitée, car le défaut serait cette fois-ci global.


Il s'agit néanmoins d'une chance extraordinaire pour notre espèce. Une chance de reconstruction. Ce sera à nous - ceux aujourd'hui entre 20 et 30 ans - de réaliser cette tâche immense qui s'étalera sur au moins une décennie.

Publié dans Actualite de la crise

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