Rafistolage espagnol

Publié le par paskov

Le nouveau sauvetage des banques espagnoles confirme le pire: Les dirigeants du monde et de l'Europe paniquent et se perdent dans leurs contradictions. En décembre et janvier derniers, 1000 milliards d'Euros ont été injectés dans le secteur bancaire européen par la Banque Centrale Européenne (LTRO à 1% sur trois ans). Cette injection massive de liquidités na pas permis au système bancaire européen de résister plus de 5 mois à la tempête. A nouveau, il est prévu d'ouvrir "une ligne de crédit" de 100 milliards pour renforcer les banques espagnoles qui n'arrêtent pas d'encaisser les pertes. Les fonds garantis proviendraient des mécanismes européens de sauvetage (EFSF ou ESM). Le chiffre de 100 milliards a été choisi au hasard, car les estimations du FMI et de divers auditeurs privés varient. Pour le FMI les besoins de refinancement s'élèvent de 60 à 100 milliards (Quelle précision!). Les ministres des finances de l'UE ont donc visé le haut de la fourchette, sans attendre de prochaines évaluations qui seront publiées le mois prochain. Les experts de Crédit Suisse tablent plutôt sur 250 milliards. D'autres mentionnent le chiffre 450 milliards pour réaliser une restructuration sérieuse et complète du secteur. 


bank-run1.jpgEn réalité, l'estimation des besoins en renflouement des banques espagnoles est évolutive et trop complexe. Des décennies de dérégulations, de créations de produits financiers complexes et globalisés rendent presque impossible la possibilité "de voir le fond". D'autre part, la récession économique du pays et la montagne de crédits non remboursés multiplient les pertes jour après jour. ll est donc nécessaire de sans cesse réviser les chiffres en fonction de cette dynamique négative. A cette situation catastrophique, on peut ajouter la fuite des capitaux vers les pays sûrs et les probables "banks runs" en cours.

 

Le plus amusant dans le contexte du rafistolage bancaire espagnol est sans doute que l'Espagne se prêtera de l'argent à elle-même. En effet, elle est censée être l'un des piliers (4ème économie) de la zone euro à contribuer au mecanisme de sauvetage européens par lequel transitera l'argent.


Le coeur de notre système financier a fondu. Les élites européennes le rafistolent au fur et à mesure de sa désintegration, gagnant quelques semaines (parfois uniquement quelques heures) et priant pour que tout reparte comme avant. Les pays latins, dont la France, avancent l'idée des eurobonds qui permettraient de s'endetter tous ensemble pour retrouver des marges de manoeuvre. Il est malheureusement déjà bien trop tard pour que cette solution fédérale ait une quelconque chance de fonctionner à court terme. Pertinente en 2008, lors de l'éclatement de la crise, il n'y a aujourd'hui pas de groupe de pays européens suffisament forts pour soutenir ceux qui s'effondrent. Même la "solide" Allemagne voit ses exportations chuter et sa croissance stopper net.

 

Demain Chypre. Après-demain l'Italie. Lentement mais sûrement se dessine la seule solution, à laquelle personne ne veut croire: l'annulation d'une majeure partie de la dette publique et privée au niveau mondial. Il en résultera un appauvrissement généralisé, toutes sortes de troubles sociaux et politiques. Il n'appartient qu'à nous de faire en sorte que ce grand réequilibrage soit une transition douce vers un système plus durable, empêchant la richesse de se concentrer à nouveau dans des proportions jamais atteintes dans l'Histoire récente. En espérant que nos élites ne sont pas uniquement en train de se construire des radeaux, mais pensent également de manière collective...

Publié dans Actualite de la crise

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