Pour un Internet libre et gratuit

Publié le par paskov

wifi-schema.jpgOuvrez votre ordinateur dans une zone urbaine suffisament dense quelque part dans le monde et vous capterez une dizaine de réseaux wifi. Dans la majorité des cas, ces réseaux seront securisés par une clé réseau ou un autre système, gardant jalousement leur précieux accès internet pour leur détenteur, même si ce dernier est absent... Nous sommes déjà transpercés par des centaines d'ondes de toutes sortes tout au long de notre vie de plus en plus cancéreuse: téléphone, radio, satellite, télévision, etc. Des centaines de milliers d'accès privés wifi viennent se rajouter à la liste et se côtoient tranquillement, pendant que nous payons individuellement et grassement les companies télécoms. Absurde, non?


Au fil de mes déménagements, j'ai pris l'habitude de toquer à la porte de mes voisins et de demander poliment le mot de passe de leur réseau. L'immense majorité accepte en partageant les frais, voire gratuitement!

 

Internet est devenu essentiel dans nos vies: vérifier notre compte en banque, recevoir les résultats en tant qu'étudiant dans une grande université, communiquer avec nos proches et surtout accéder aux services publics. En effet, la réduction des dépenses de l'Etat conduit à un déplacement massif des services publics et leur cortège de procédures et de formulaires vers le monde virtuel. Aujourd'hui, comment prétendre faciliter l'accès aux administrations en gardant l'internet payant?

 

Une armée de geeks, d'hackers, de défenseurs des libertés et pourfendeurs de secrets étatiques est apparue ces dernières années, prête à combattre pour un internet libre et gratuit. Ils bénéficient du soutien silencieux de tous les jeunes (et pas seulement). Face à eux, les gouvernements et les firmes du secteur télécom se sont rendus compte - un peu tard - de la menace que représente cet espace dans lequel s'exerce une démocratie directe. Wikileaks est dangereux pour la diplomatie. Le blog d'un collectif de paysans est dangereux pour un grand producteur d'engrais chimique. Les messages postés sur le net par un habitant de Fukushima sont dangereux pour l'industrie nucléaire. Internet est devenu un véritable contre-pouvoir dans toute sociéte organisée.


On assiste alors à une contre-offensive extraordinaire. D'abord dans au sein des régimes autoritaires, comme en Syrie ou il est difficile d'accéder à facebook sans le bon matériel de piratage. En Chine, des milliers de fonctionnaires gouvernementaux - souvent en coopération avec les grands groupes, tels que yahoo, google et autres - encadrent l'utilisation d'internet dans le pays.

Mais la contre-offensive a également lieu dans nos sociétés "développées". De nombreux opérateurs réflechissent à mettre fin à l'internet illimité. En France, Orange, SFR et Bouygues rêvent d'un retour à la minute payante! Dans la plus grande hypocrisie, le législateur utilise le prétexte de la lutte contre le piratage pour tenter de reprendre le contrôle. Dire qu'internet tue l'industrie du disque, c'est oublier que de nombreux artistes (sur)vivent grâce à internet en créant une communauté qui les soutiennent. De plus, les sanctions pénales envers les cybercriminels deviennent de plus en plus sévères. On n'hésite pas à condamner un jeune hacker de 19 ans à 11 ans de prison aux Etats-Unis.


puce-usb-logiciel-surveillance-pc-ordinateurl-L-UbexDb.jpegPlus inquiétant, la guerre en Lybie nous a appris que le régime de Khadafi avait acheté des logiciels espions à une société française, permettant d'ouvrir les mails de n'importe qui. Ces logiciels sont-ils donc en vente libre partout dans le monde? Je recommande la lecture de cet article du Wall Street Journal.

 

Pourquoi ne pas considérer l'Internet comme un bien public aujourd'hui? Comme par exemple les parcs dans les villes, un espace qui a besoin de quelques règles mais où l'on peut circuler librement et respirer un peu... Un bien public qu'il faut protéger. Sans doute que cette évolution est irrésistible et qu'il ne s'agit que d'une question de temps. Mais en cette période d'incertitude économique et politique la marche arrière est toujours possible.

Publié dans Réflexions

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