On nous surnomme "la génération perdue"

Publié le par paskov

Alors que nous sommes censés profiter de la "reprise" estivale, l'organisation mondiale du travail a le malheur de publier un rapport au simple constat: Le chômage des jeunes (les 15 -24 considérés comme actifs) explose partout dans le monde. On ne retrouve pas de tels records dans toutes les données enregistrées précédemment. Sur les 620 millions de jeunes économiquement actifs, 81 millions étaient sans emploi fin 2009. C'est 7,8 millions de plus qu'en 2007. Sachant que le rapport repose sur le croisement de données nationales loin de refléter la complète réalité, on imagine le pire.

 

Dans les économies développées et dans l'Union Européenne, le taux de chômage a augmenté de 4,6% entre 2008 et 2009 pour atteindre 17,7%. Ce sont les plus fortes hausses annuelles jamais enregistrées dans aucune région. Le rapport souligne en particulier la situation de l'Espagne et de l'Angleterre où le découragement et l'abandon de la recherche d'emploi prend une tournure inquiétante.

 

Nos aînés, les experts, nous surnomment déjà la "génération perdue". Quelle chance! Ils pointent en fait un risque économique. Si les jeunes se retrouvent de plus en plus détachés du marché du travail, nos sociétés perdent l'extraordinaire investissement qu'elles ont réalisé dans l'éducation. Les générations suivantes risquent d'être moins en moins qualifiées.

 

Quand on regarde de plus près les politiques mises en place depuis quelques années, et surtout celles visant à réduire les déficits publiques sous la pression de la crise, on se rend compte qu'il existe une opposition fondamentale:

- Les vieux Vs. les jeunes.

- Son prolongement: la légère taxation du capital Vs. la lourde taxation du travail,

- Et la mise en place de la "flexibilité" pour les jeunes Vs. une certaine protection pour les "vieux".

En effet, nous sommes à présent forcés d'accepter une précarité jamais atteinte auparavant: les stages et les contrats temporaires qui s'enchaînent. Nous devons accepter une pression fiscale forte sur les salaires et une pression très faible sur les grandes fortunes. Et surtout, nous devons accepter l'évolution des salaires réels, nettement moins favorable que celle dont ont bénéficié les salariés plus âgés dans les années 70 et 80

(voir cette note de natixis)

 

On retrouve là l'une des origines de la crise économique. Les entreprises, incitées par des politiques néo-libérales, n'ont pas cessé de comprimer les salaires pour obtenir un meilleur rendement. Dans notre société qui repose sur la consommation, il a été nécéssaire d'instaurer le crédit banquaire pour ne pas briser la machine. Le crédit a pris de telles proportions qu'il a fini par dépasser la limite du soutenable en 2007. Vous connaissez la suite...

 

Il ne s'agit pas que d'opposer les jeunes et les vieux. Il s'agit de trouver une solution viable pour un modèle qui est à bout de souffle. Dans un monde idéal, il faudrait repenser le sens et la valeur du travail pour tous. La tâche paraît impossible. Une premier pas serait  d'opérer un transfert du capital des vieux vers les jeunes, d'égaliser la taxation du travail et celle du capital.

 

Un pas encore plus grand serait simplement de nous faire confiance.

 

Nous ne sommes pas encore la génération perdue, mais plutôt la génération désabusée, souvent cynique, celle qui ne s'engage pas en politique, qui ne pense plus qu'à trouver une petite place et à rester tranquille dans son coin. Nous ne sommes loin d'être les "peace and love" des 70's, loin d'être des rebelles. Nous acceptons tout, hypnotisé par l'internet, ne gardant une certaine liberté que sur facebook et la blogosphère, rêvant d'intégrer la société selon la méthode que nos parents nous ont enseignée.

 

Pourtant, il suffit d'une étincelle, d'un projet un brin idéaliste pour nous réveiller.

 

 

Publié dans Actualite de la crise

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paskov 14/08/2010 10:17


Quelques commentaires issus du site Paul Jorion à propos de cet article. www.pauljorion.com/blog

Marlowe dit :
13 août 2010 à 13:53

Comme au XIXe siécle certains pensaient que la critique de la religion était le fondement de toute critique, de nos jours je pense que la critique du travail est le fondement de toute critique.
C’est cette critique que nous devons développer.
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jducac dit :
13 août 2010 à 17:49

@ paskov dit : 13 août 2010 à 12:52

Bravo, vous donnez un bel exemple de lucidité sans pour autant inciter les jeunes à haïr les vieux comme certains le font et pas seulement parmi les moins cultivés.

Faisant partie des vieux, à 75 ans, nous nous efforçons d’aider les plus jeunes de notre famille parce que nous le pouvons et surtout parce que nos parents nous ont enseigné les lois morales et
économiques fondamentales sans lesquelles le futur est sacrifié au profit d’une jouissance présente débridée qui rend les lendemains encore bien plus douloureux à vivre.

Les générations nées après la dernière guerre mondiale sont tombées dans cette terrible méprise.

L’égoïsme et l’hédonisme ne peuvent durer qu’un temps surtout quand la société sent bien qu’elle est en train de brûler ses dernières réserves d’énergie bon marché. Nous arrivons maintenant à
l’heure du bilan prévisionnel après avoir longtemps refusé de l’aborder en face. La question des retraites que nos politiques ont eu la lâcheté de reporter sans cesse n’est qu’une première esquisse
de l’examen d’un futur encore loin d’être abordé avec tout le réalisme nécessaire.

L’Europe et en particulier la France ont joué les cigales trop longtemps pour ne pas avoir à souffrir durant le long hiver de déflation qui semble s’annoncer.

Les fièvres et rechutes financières enregistrées actuellement ne sont que des indications sur le thermomètre qui mesure la température du malade. Son maintien en vie nécessite de pouvoir s’adapter
à un régime de restriction en énergie alors que nous avons entraîné toutes les générations, riches et pauvres à vivre sur un régime de suralimentation qu’il faudra bien abandonner. Notre maladie
est énergétique et morale.

L’erreur fatale serait de nous mettre à nous entredéchirer entre jeunes et vieux, entre riches et pauvres ce qui ne ferait qu’ajouter à notre déchéance.
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alainloreal dit :
13 août 2010 à 18:41

Lire : « Le Papy -Krach » de Bernard Spitz chez Grasset (2006)

» Du baby-boom au papy krach : la France vieillit en laissant à ses enfants la facture, les jeunes paieront plus, pour moins de prestations, de formations, de services publics, d’emplois…Pourtant
quand ils protestent c’est contre les réformes qui allègeraient leur fardeau. Et si, devenus lucides, ils se révoltaient enfin pour de bonnes raisons ? «
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L'enfoiré dit :
13 août 2010 à 18:47

Paskov,
On en parlait aussi par ici d’une génération perdue
Le problème?
La non-adéquation entre ce que les écoles préparent et ce qui est demandé comme force de travail.
Pourquoi? Tout va plus vite aujourd’hui que hier.
On a une bonne idée de créer des machines, des robots, mais on ne s’est pas intéressé pour trouver la perte potentielle de main d’oeuvre.
Les écoles ont un programme à suivre.
Les bureaux du Plan ne peuvent pas avoir qu’une vision aléatoire dans ces conditions, sur le long terme.
Former quelqu’un aujourd’hui, en moyenne, cela devrait tourner autour de 4 ans après les humanités. Alors, les jeunes attendent. Ils prolongent leur formation. Deviennent trop qualifiés. Les Bac +x
s’enchainent et dévalorisent la formation dans un dérapage non contrôlé..

« opposer les jeunes et les vieux »
C’est ce qui est fait en permanence. Les uns, pas assez expérimentés, les autres, trop chers.
Mais, il faut allonger les carrières….!!!
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François Leclerc dit :
13 août 2010 à 18:52

Je préfère ne pas me demander quelles peuvent bien être les bonnes raisons de se révolter auquel Bernard Spitz fait référence…
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michel lambotte dit :
13 août 2010 à 20:38

Je pense que rien ne sera plus jamais comme avant, il sera impossible de relancer l’emploi des jeunes sous sa forme actuelle, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’avenir.
Ce n’est pas seulement la fin du capitalisme comme le dit Paul Jorion mais également la fin de l’ère industielle.
La finitude de la planète nous oblige à repenser la notion de travail.
Il ne fait plus aucun doute qu’une relocalisation est nécessaire et que voudra encore dire la notion d’emploi.
Personnellement, jevois trois pilliers à l’avenir autonomie, solidarité, prospérité sans expansion matérielle.
Voici deux liens qui peuvent vous aider

http://fondation.sqli.com/index.php/fre/La-localisation-des-activit%C3%A9s/La-relocalisation-de-l%27%C3%A9conomie#

http://video.google.com/videoplay?docid=-6351825321073919380#
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hema dit :
13 août 2010 à 23:05

@michel lambotte

merci pour vos sources toujours interessantes