Nous ne sommes plus le modèle

Publié le par paskov

Le basculement de l'Histoire a démarré de plus belle et nous continuons de regarder les trains passer depuis notre prairie encore verdoyante, hypnotisés par l'accélération brutale des changements. Toutes les déclarations des dirigeants, des acteurs de la société civile et des médias concernant les révoltes arabes suivent la même logique: Des peuples opprimés se réveillent et aspirent à plus de démocratie. Derrière cette maxime, se cache l'idée que l'Europe et l'Occident restent les modèles de réussite aux yeux du monde et que tous rêvent de mener une vie comme la nôtre.

 

Gaddafi-bodyguards.jpgL'erreur est si grossière... Comment ne pas analyser que ce qui s'effondre devant nos yeux, c'est l'ordre que nous, européens, avons mis en place juste après l'époque coloniale. Même quand un élément résistait, nous avons "normalisé" les relations avec lui pour assurer la pérennité des échanges commerciaux. Le meilleur exemple est naturellement Muammar Khadafi, accompagné de ses gardes du corps féminins et dont la fondation caritative en faveur des droits de l'Homme a son siège à Genéve. Il s'ensuit un malaise profond quand on découvre la proximité des anciennes élites de ces pays avec les nôtres.

 

Quand les peuples se révoltent, ils se révoltent d'abord contre l'augmentation du prix des matières premières que les spéculateurs de la City et de Wall Street n'hésitent pas à faire exploser. Robert Zoellick, président de la banque mondiale tire la sonnette d'alarme: "La hausse des prix alimentaires a fait tomber entre juin et décembre 44 millions de personnes dans le monde sous le seuil de l'extrême pauvreté". Les sociétés arabes ne pouvaient plus supporter la hausse du coût de la vie et la précarité. En Egypte, la jeunesse a porté une magnifique révolution en réclamant du travail pour tous. La moitié de la population a moins de 24 ans. Après s'être débarrassé de l'ancienne garde, aspirent-ils à notre modèle européen? Il serait très arrogant de l'affirmer.

 

Alors qu'il est bon ton de critiquer sans cesse la Russie de Poutine - le manque de démocratie, la corruption, la guerre cruelle contre les minorités séparatistes - nous entretenons d'excellentes relations diplomatiques et commerciales avec eux. L'espoir est que par l'économie, les russes vont admirer notre modèle et se transformer en "bons européens".  Ironiquement, l'inverse est en train de se produire. Nous avons plutôt tendance à se rapprocher de leur modèle: La main mise sur les médias se renforce, la disparition de la classe moyenne s'accélère et notre modèle social se désintègre.

 

Le basculement de l'Histoire a commencé. Il serait temps de s'en rendre compte car tout est à repenser: la science économique est rendue obsolète par la crise qu'elle a provoqué, l'étude des relations internationales a été balayée par les révélations de wikileaks et les récents changements. Nous avons le choix entre s'accrocher à notre vieux modèle et subir la déferlante qui s'annonce ou réfléchir à quelque chose de neuf dans l'urgence.

 

Il y a du pain sur la planche!

Publié dans Réflexions

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