Nos amis les banquiers & Cie

Publié le par paskov

Ils sont tres nombreux et ils sont les plus puissants. Concernant la future directive europeenne sur les hedge funds (fonds d'investissement speculatifs), sur 1600 amendements deposes au Parlement europeen, 900 ont ete redige de la main des lobbyistes. Les deputes europeens n'ont simplement pas acces a une expertise autre que celle des banquiers pour reguler la finance. Un appel a la creation d'un "Greenpeace de la finance" pour faire contre-poids commence a prendre de l'ampleur, mais reste encore insuffisant.

 

Barack Obama a avoue dans son allocution du 1er mai que les pouvoirs qui lui sont garantis par la Constitution des Etats-Unis sont insuffisants pour lutter contre la finance. La decision de la Cour Supreme de deplafonner les sommes que les entreprises peuvent injecter dans les campagnes electorales est le coup de grace qui rejouit nos amis les banquiers!

 

La reunion Ecofin rassemble les ministres des finances de l'UE et prend des decisions de haut niveau sur les questions economiques et financieres. Quel genre d'economiste s'y invite?

Lu dans un article du Figaro (28 juin 2010), La rigueur des finances n’est pas l’ennemie de la croissance: « Les effets positifs, et à première vue paradoxaux, des «ajustements budgétaires» ont été théorisés récemment par un professeur de l’université Harvard, Alberto Alesina. Il est venu l’expliquer aux ministres des Finances européens, lors de leur réunion Ecofin qui s’est tenue à Madrid le 15 avril. Fort d’une étude portant sur une centaine de plans d’assainissement des comptes publics depuis 1980 dans les pays de l’OCDE, Alesina a démontré aux grands argentiers que cela n’était nullement synonyme de récession, au contraire. À condition de privilégier les réductions de dépenses plutôt que de relever les impôts, selon lui. Et, cerise sur le gâteau, les gouvernements qui s’engagent dans cette voie ne sont nullement condamnés à perdre les élections, observe-t-il.  »

 

Quel est le modele de pensee de ce monsieur, chef du departement Economie d'Harvard? Il est très critique du « modèle social européen » actuel, condamné selon lui au déclin s’il ne se réforme pas. Il développe dans The future of Europe, Reform or Decline l’idée selon laquelle il n’existe pas de « Troisième Voie » entre le modèle américain et européen; pour se réformer, l’Europe doit selon lui développer les incitations individuelles, accentuer le rôle du marché et permettre une plus grande mobilité des individus, en particulier pour que les pauvres ne soient plus « condamnés » à le rester (Wikipedia).

 

Pendant ce temps-la, les coupes des salaires de 20% en Irlande ont provoque l'arret du retour de la diaspora (voir cet article terrifiant du NY). Les previsions de la chute du %PIB de la Grece pour 2010 sont revises chaque jour a la baisse. La demande privee, jusqu'ici soutenue par les depenses publiques, reste atone. Et le chomage continue inlassablement d'augmenter dans toute l'Europe!

 

Lui et bien d'autres personnages proches des spheres du pouvoir sont les initiateurs de deux tendances tres fortes: La non-regulation de la finance et la mise en oeuvre de l'austerite generalisee. Ils ne se rendent pas compte qu'en protegeant a tout prix leur systeme a bout de souffle, ils sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont confortablement installes.

 

Le plus gros des mensonges

 

Les gouvernements, grace aux medias traditionnels, ne parlent que de resorber la dette publique, devenue incontrolable. C'est le principal argument pour mettre en place l'austerite. "Pensons a nos petits-enfants" chantent-ils en chœur. Ils oublient de mentionner qu'ils pensent d'abord a sauver le systeme bancaire europeen. En septembre 2008, les banques ont ete sauvees in extermis quand tout a failli s'ecrouler d'un seul coup. Les depenses publiques s'etaient alors envolees, atteingnant des proportions jamais vues depuis la seconde guerre mondiale.

 

bnp.jpgDepuis lors le systeme bancaire est toujours aussi fragile et le credit aux entreprises, autrement dit le soutien a l'economie reelle, est toujours aussi absent. Aucune contrepartie n'a ete demande: Peu ou pas de participations de l'Etat, pas de nationalisation pour forcer les banques a faire leur travail ordinaire. Elles ont continue leurs activites les plus rentables augmentant le risque d'une nouvelle crise systemique; les investissements speculatifs. Preter aux entreprises pour ne faire que de petites marges c'est si... boring.

 

Donc, que signifie reellement l'austerite? Demander un effort supplementaire aux gens pour que les Etats ne fassent pas completement faillite et continuent de sauver les banques. Apres tout, il s'agit de nos amis les banquiers!

Publié dans Actualite de la crise

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