Les villes (encore) fermées de Russie

Publié le par paskov

Récemment, je me suis interessé au sort particulier des villes fermées de l'ex-URSS. Pendant des décennies, des villes de plusieurs milliers d'habitants n'ont figuré sur aucune carte, dans aucune statistique officielle. Le plus surprenant est qu'elles existent encore aujourd'hui, même si leurs emplacements sont peu à peu devoilés. 1,5 millions de Russes vivraient dans ces villes secrètes. Elles sont les témoins de l'ambition des dirigeants soviétiques et de la culture du secret durant la guerre froide.


Répondant à la logique d'efficacité et de centralisation de "l'empire" soviétique, ces villes n'avaient qu'une seule fonction, jugée stratégique. Le sujet est en realité très vaste, car on pourrait mentionner l'histoire de Baïkounour au Kazakhstan, la ville dédiée à la conquête de l'espace, Dubna et son accélèrateur de particules, Sebastopol et Balaklava, villes militaires de Crimée abritant des navires et des sous-marins (ces deux dernières ne sont plus fermées depuis 92 - 93), ou encore les villes formant "l'archipel du Goulag", pour reprendre le titre du livre de Soljenitsyne. Je préfère me concentrer sur l'Oblast de Tcheliabinsk dont les villes ont connu un sort particulièrement rude.


Ozersk_Broadway.jpgCette région se trouve en Sibérie juste au sud du massif de l'Oural. Le transsibérien passe un peu plus haut. Il y a trois villes fermées dans cet oblast dont Oziorsk créée à la fin de la seconde guerre mondiale, au moment où les russes accélèrent leurs recherches sur l'atome. La ville est connue sous le nom de Tcheliabinsk-65 (puis de Tcheliabinsk-40), pour maintenir son existence secrète. Les chiffres sont ceux d'un code postal qui est accolé au nom de la grande ville la plus proche. Elle est censée servir de logement au personnel du complexe militaro-industriel de Mayak, destiné à fabriquer et à raffiner du plutonium.


Pour y accéder, on doit passer par un poste de contrôle, car un certificat spécifique est obligatoire. Le NKVD conduisait des recherches appronfondies sur chacun des habitants. Aucun étranger ne peut entrer. Malgré l'ouverture de nombreuses villes fermées depuis la nouvelle constitution de la Fédération de Russie en 1993, Oziorsk reste particulièrement surveillée. Lors d'un récent reportage d'Arte, les journalistes n'ont même pas pu s'approcher du poste de contrôle, constamment suivis par une voiture du FSB.


Mais revenons un peu en arrière. Le niveau d'étude des habitants était logiquement élevé. Beaucoup d'ingénieurs, de chercheurs, de techniciens - certains sans doute d'origine allemande... - se sont retrouvés au même endroit. Sous l'autorité directe de Moscou, ils ont l'impression de faire partie d'une grande aventure, d'être des privilégiés. En effet, il existe une multitude d'avantages quand on habite à Oziorsk: une meilleure éducation, un meilleur approvisionnement alimentaire quand les villes aux alentours souffraient de pénurie, de meilleures infrastructures, bref une meilleure qualité de vie.


Ce tableau s'est assombri en 1957 lors de l'une des plus grande catastrophe nucléaire, beaucoupKyshtym_Memorial.jpg moins connue que celle de Tchernobyl. A une époque ou les effets des radiations étaient encore peu connus, les mesures de sécurité étaients minimes et les incidents fréquents. Le 29 septembre à Mayak, le système de refroidissement d'une cuve contenant des déchets nucléaire est en panne. Par réaction chimique, une puissante explosion a lieu. Elle répandit des substances radioactives sur une surface de 15 000 a 20 000 Km2. 470 000 personnes furent exposées. De "mystérieuses" maladies rongeant la peau des visages et des mains apparurent. Les autorités evacuèrent seulement 10 000 habitants proches du site de l'explosion. Ils négligèrent d'évacuer les villages composés de la minorité tatare, également très proches du sinistre. De nombreux Tatares, fautes de moyens, sont restés dans ces quasi villages fantômes et tentent encore aujourd'hui de survivre malgré les maladies et la très courte espérance de vie. 


Le secret sur cet accident a longtemps été efficacement couvert. Les dédommagements sont difficiles à obtenir et dérisoires pour les familles.


Le lac de Karachay situe à coté d'Oziorsk servait de bassin pour les combustibles usagés. Les habitants se sont baignés pendant des années dans les rivières de la région sans avoir conscience des risques. Greenpeace et des associations citoyennes russes soupçonnent que complexe de Mayak continue de pratiquer des rejets dangereux dans l'environnement. Le gouvernement russe, envisage de faire de Mayak un grand centre international de traitement de déchets nucléaires (ce qu'il est devenu entre-temps au niveau national). Pour cette raison, Oziorsk et la zone autour du complexe de Mayak restent étroitement surveillées, "fermées" comme au temps de l'URSS. 


http://villesfermees.hypotheses.org/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ville_fermée

Mayak - Wikipedia, the free encyclopedia

A Ozersk, le carnet de route de notre envoyée spéciale - ARTE

Mayak - Half Life: living with the effects of nuclear waste

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