Les matières premières et les parasites

Publié le par paskov

Quel est le point commun entre la révolte tunisienne, la politique agricole commune, le cours du pétrole, la crise économique mondiale, la priorité de tous les gouvernements, les famines africaines, le G20 et la destruction de l’environnement ? Naturellement, hypnotisés par le flux massif de micro-informations que nous recevons par internet, la télévision, la radio et les conversations au café du coin, nous sommes la plupart du temps incapables de faire la moindre connexion entre tous ces faits. Avis aux journalistes pour réparer ce tort!

 

BEN ALI 1-copie-1Le gouvernement algérien en ce début d’année a pris la décision d'importer une immense quantité de blé. 1 million de tonnes de France et d'Amérique centrale afin « d’assurer la disponibilité du produit jusqu’à la fin du 2ème trimestre 2011 ». Le Maroc et la Libye ont commandé respectivement 255 000 tonnes et 100 000 tonnes de grains. L'Egypte, elle, se défend d'avoir accéléré le rythme, mais elle a déjà, en six mois, acheté 4,5 millions de tonnes de blé, presqu'autant qu'au cours de toute l'année précédente. Ont-ils le feu aux trousses après avoir vu leur ami Ben Ali disparaître en 2 semaines? Oui, car on ne peut expliquer la révolte tunisienne par le seul désir de démocratie et de liberté. Un peuple se révolte quand il est affamé, quand il vit une injustice qui a dépassé le seuil du tolérable. Le renchérissement du coût de la vie lié à la hausse du prix des matières premières a été l’un des principaux éléments déclencheurs.

 

Comment expliquer ces mouvements de paniques des Etats importateurs ? Comment expliquer la récente hausse des prix des matières premières. Les catastrophes comme les incendies en Russie de l’été dernier, les inondations en Australie sont-elles responsables ?  A l’école, on vous apprend relativement tôt la Loi de l’offre et de la demande, et comment à partir de cette loi, se forment les prix. Il ne s’agit malheureusement que d’un conte pour enfants, bien plus efficace que celui du père noël, car nombreux sont ceux qui y croient encore aujourd’hui. L’offre et la demande, les stocks dont on dispose et  le nombre de cataclysmes naturels ne sont souvent que des prétextes. Les pénuries sont rares dans un monde ultraproductif (sauf le pétrole bien sûr). La vraie responsable des hausses de prix exorbitantes est la spéculation sur le marché des matières premières agricoles…

 

J’avais déjà abordé ce sujet dans un article sur l’achat d’un gigantesque stock de cacao. Les spéculateurs sont « les schizophrènes professionnels » du marché. Ils sont vendeurs, se transforment en acheteurs, puis à nouveau en vendeurs, le but étant de remporter la mise à chaque fois. Quand ils parient à la baisse, ils étranglent cruellement les producteurs. Ces derniers temps, ils ont plutôt tendance à parier à la hausse, étouffant les consommateurs : Les régimes autoritaires du Maghreb apprécient !

 

moustique1.jpgUne telle prédation est susceptible de provoquer des guerres et des famines. Dans un contexte de crise économique mondiale, elle est susceptible de réduire à néant le moindre espoir de reprise dans les 10 ans à venir. Ce contexte de crise poussent d’ailleurs les plus riches de ce monde à continuer de placer leur argent dans le blé, les surfaces agricoles, le maïs, les biocarburants, etc. On assiste à une course à la qualité. Quand tout s’écroule, mieux vaut investir dans ce qui est vital pour l’humain : sa nourriture, son pétrole. Quand la Réserve Fédérale américaine continue de faire tourner la planche à billet, que le dollar se déprécie, alors sauve qui peut ! Il reste toujours les bonnes vieilles matières premières. « Our currency, your problem !»

 

La moindre des décisions politiques à prendre serait de limiter, ou idéalement d’interdire ces jeux de casino qui n’apportent rien à l’économie réelle. Un problème se pose d’entrée : sur un marché mondial, il est difficile de prendre une décision mondiale. En assistant à la conférence de presse de Nicolas Sarkozy pour l’ouverture de la présidence française du G20, j’ai presque eu de la compassion pour lui. A chacune des questions, il haussait les épaules et expliquait combien c’est difficile. Un des journalistes a évoqué une « étude menée à Bruxelles prouvant que la spéculation est sans effet ». Le Président français lui a répondu qu’elle avait sans doute été publiée un 1er avril. Dur d’être au pouvoir ces temps-ci.

 

A ce sujet, je recommande de lire les articles d'Olivier de Schutter, professeur à Louvain, membre de la FAO qui hurle depuis la crise alimentaire de 2008 dont personne n'a parlé.

Publié dans Actualite de la crise

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