La différence entre le choc de 2008 et le choc de 2011

Publié le par paskov

Il y a 3 ans, la crise de l'endettement global s'est exprimée une première fois avec fureur. C'était le début d'un processus qui conduit à la combustion d'une grande partie de la dette privée, publique, locale, personnelle, etc. qui s'est accumulée pendant les décennies de "croissance et de progrès" à cause d'un système économique non viable.


Nous avons réussi à ralentir ce processus et pendant 3 longues années quelques figures lucides ont prêché dans le désert que nous courrions à la catastrophe, pendant que la majorité continuait de vaquer à ses affaires comme si rien ne s'était passé. Le déni de realité collectif était bien plus confortable. La classe dirigeante a même eu l'audace d'accélérer son programme idéologique complétement surréaliste.


sable1.jpgCe répit de 3 ans touche à sa fin, malheureusement de manière forcée et désordonnée. Le nationalisation de la banque franco-belge Dexia entre sans doute dans l'Histoire - après Bear Sterns et Lehman Brothers - comme le second plongeon du système bancaire. Mais quelles sont les différences avec ce qui s'est passé en 2008? 


- Après avoir fait croire aux peuples qu'il ne s'agissait que d'une crise de la dette publique, les gouvernements européens s'engagent à nouveau dans un vaste programme de sauvetage des banques. Il faut tout de suite nationaliser Dexia, en vendre quelques morceaux, recapitaliser de nombreux autres "fleurons" de manière coordonnée en Europe. En 2011, les Etats n'ont plus la capacité de s'endetter comme 2008. Ils vont le faire d'une manière parcellaire et insuffisante.


- Ce nouveau sauvetage accélère lui-même la dégradation des conditions de financements de Etats qui ne sont plus des "havres de tranquilité" pour les investisseurs. La Grèce, L'Espagne, l'Italie, la Belgique, la France suivies par l'Angleterre et les Etats-Unis ne vont pas rembourser. Qui peut agir en dernier recours? Toutes les réserves du FMI permettraient de sauver uniquement l'Italie en 2012.


- Le désendettement et un environnement hautement spéculatif conduisent à provoquer une nouvelle récession mondiale. La dépression a été evitée de justesse en 2008 grâce a l'endettement des Etats. Une action de la même ampleur n'est plus possible aujourd'hui.


- La récession de 2008 a été également combattue grâce à l'action des banques centrales. Les baisses des taux d'intérêts et les rachats de titres sont des armes efficaces à court terme. En 2011, quasiment toutes les munitions sont epuisées. Continuer en ce sens accroît les risques d'inflation incontrôlée.


- En 2008, la crise du chômage a durement touché les Etats-Unis dont le taux réel s'éleverait à 20% aujourd'hui. Elle a été plus douce en Europe grâce aux filets de sécurité: les aides sociales naturellement. En 2011, de nombreux programmes de "consolidation fiscale" ou d'austerité ont été mis en oeuvre, rendant les filets de securité beaucoup moins solides. Le basculement d'une partie de la population dans la pauvreté devient visible.


En résumé, la grande différence entre 2008 et 2011 est que nous n'avons plus les moyens de sauver une nouvelle fois le système tel que nous le connaissons. Nous aurions pu utiliser cette fenêtre d'opportunité pour opérer le désendettement en douceur. Trop tard. Nous nous débattons dans les sables mouvants. Nous sommes déjà sous le sable, munis d'une petite paille rose qui nous permet de respirer péniblement. Il ne reste plus qu'à se servir un bon verre de rouge (un Brunello par exemple, pourquoi pas?) et d'assister au spectacle en rêvant que tout ce bordel débouche sur un monde meilleur.

Publié dans Actualite de la crise

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