Le suicide anglais

Publié le par paskov

Est-ce que la méthode " je coupe les dépenses publiques d'un grand coup pour relancer la croissance" marche? Demander de répondre aux espagnols ou aux grecs est un non-sens. Ils sont bien trop paresseux pour se mettre au travail et incapable de faire autre chose que dépenser. Prenons plutôt un modèle du genre: l'Angleterre, qui dans les années 80 a répondu à cette question par l'affirmative.


margaret.jpgMargaret Thatcher, issue d'un milieu modeste, a toujours considéré les valeurs de travail, d'ordre, d'effort et de « self-help » comme le fondement de sa pensée politique. De manière un peu caricaturale, le rôle de l'Etat doit être réduit au minimum, afin de ne pas rendre les gens mous et complètement dépendants. Il s'ensuit une vague de privatisations, de diminution des impôts, de suppression d'organismes publiques. La méthode a fonctionné pendant des décennies, notamment grâce à la compression des salaires, à l'augmentation de la TVA et au gonflement du crédit et de ses composantes (immobilier, à la consommation, pour les études, etc.).


Margaret Thatcher a enfanté des générations de politiciens. Le député travailliste Peter Mandelson a ainsi déclaré à propos des politiciens britanniques « Nous sommes tous des thatchériens ». Durant des années, le Produit Intérieur Brut (PIB) du pays n'a cessé de croître, preuve du succès de cette politique. Le chômage a durablement baissé. Cependant, ces indicateurs permettent-ils de reflèter le bien-être de cette société? Bien sûr que non. La proportion de familles vivant en dessous du seuil de pauvreté (50 % du salaire moyen) est passée de 8 % en 1979 à 22 % en 1990 selon l'hebdomadaire The Economist en 1994. Les inégalités de revenus se sont creusées : entre 1980 et 1990, la part des 10 % les plus pauvres de la population a un revenu moyen en baisse de 10 %, tandis que les moyennes des revenus de tous les autres déciles augmentent, d'autant plus fortement que les revenus sont élevés, ainsi celle du deuxième décile a augmenté de 4 % et celle du dernier décile a augmenté de près de 60 %. Autrement dit une classe de très riches et un véritable prolétariat ont vu le jour en quelques années. Quand on se balade dans le centre de l'Angleterre difficile de ne pas voir les maisons en briques qui s'alignent par milliers et ce qu'elles renferment: le manque d'éducation, des pièces insalubres, une mauvaise alimentation. Une forme de pauvreté au bord de la misère qui ne ressemble pas vraiment au bien-être auquel une société aspire.


manif.jpgDepuis le 1er Janvier de cette année, un plan d'austérité sans précédent est entré en vigueur dont l'objectif est d'économiser 95 milliards d'euros d'ici 2015. Le plan prévoit la suppression progressive de près de 500 000 emplois publics.  Les autorités affirment sans rire que la suppression des postes dans la police n'entraînera pas une hausse de la criminalité. Tout n'est question que de gestion... Des coupes drastiques dans les dépenses sociales sont également mises en oeuvre: aides au logement, allocations aux handicapés, allocation vieillesse. Les frais d'une année universitaire atteignent 9000 livres et le nombre de places est de plus en plus limité.


Depuis quelques mois, le résultat de cette nouvelle politique de choc commence à être visible: L'économie anglaise stagne depuis l'automne dernier. Les trois premiers mois de l'année ont enregistré 0,5% de croissance. Le second trimestre 0,2% de croissance. Cette fois, avec le dégonflement du crédit, la détérioration des service publics restants et les pertes de recettes, les anglais risquent d'être moins flegmatiques. Le pays est au bord d'une nouvelle récession et il n'y aura bientôt plus rien à vendre. La situation est en réalité bien plus catastrophique qu'en Grèce. Seule la "City" de Londres, malgré quelques mauvais paris, semblent bien s'en tirer.

 

Le récent scandale de News of the World n'arrange guère la situation. La nébuleuse mafieuse tissée entre l'empire Murdoch, les journalistes, les policiers et le gouvernement est susceptible de rendre jaloux les gouvernants russes pourtant experts en la matière! Il n'y a pas que l'économique qui tremble.

 

Chaque semaine, de nouveaux tresors d'imagination sont deployes pour reduire la dette. Le principal conseiller de David Cameron, Steve Hilton, aurait propose de supprimer le conge maternite, estimant qu'il s'agit d'un fardeau pour les femmes cherchant du travail. Il aurait egalement evoque la suppression d'une partie des droits des consommateurs. Autre exemple: les hopitaux anglais comptent reduire le nombre d'operations chiurgicales. Notamment, le prelevement des amygdales sur les enfants n'aurait lieu qu'apres au moins 7 severes inflammations. Le nombre de pose de protheses (hanches, genoux) sera egalement limite.


Le suicide anglais démontre que la génération aux commandes n'a aucune vision, aucune idée de ce qu'elle devrait faire. Par conséquent, elle revient sans cesse à des vieilles solutions qui nous conduisent avec une froide précision dans le mur de la misère. Par incompétence ou complicité, elle affirme qu'il s'agit d'une crise de la dette publique, alors que la frontière déjà floue avec la dette privée a sauté en 2008. L'Europe entière va t'elle suivre les anglais comme des moutons du haut des falaises des Cornouailles? Il n'y a pas de solutions faciles, mais elles sont d'autant plus douloureuses quand elles ne sont pas "fair".

Publié dans Actualite de la crise

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