Le risque d'un noyau dur autour de l'Allemagne

Publié le par paskov

Confortée par de bons chiffres économiques, l’Allemagne est la seule à proposer une véritable stratégie de sortie de crise à ses partenaires européens, n’hésitant pas à humilier l’immobile Commission de José Manuel Barroso. Inconsciemment, elle risque de devenir le moteur unique de la construction européenne, entourée d’un noyau dur qui se conformera à ses exigences.

 

L’Allemagne rêve d’un « pacte pour la compétitivité », se fiant à sa doctrine de la maîtrise budgétaire alliée à une force exportatrice. Atteignant plus de 3% de croissance alors tous les autres Etats membres sont à la traîne, elle considère être le modèle à suivre dans un contexte de crise. Le grand plan qui se dessine rapidement dans les coulisses du Conseil et entre les Chancelleries consiste à créer une zone euro plus intégrée :

- La fiscalité devra être rapprochée. Un pays comme l’Irlande ne pourra plus fixer des taux d’imposition aussi bas pour les entreprises.

- Le système des retraites devra être stabilisé au niveau européen, de sorte que tous les Etats Membres seraient forcés d’adopter la retraite à 67 ans.

- La mobilité sur marché du travail européen serait renforcée. La reconnaissance des diplômes et des formations professionnelles connaîtrait une nouvelle impulsion.

- Enfin, la maîtrise des dépenses publiques continue d’être une priorité. Des coupes massives seront exigées pour moderniser les administrations et éviter la faillite de certains Etats.

 

Autrement dit, tous les Etats Membres devront s’adapter aux règles que l’Allemagne a déjà mises en œuvre. Un tel « pacte » n’est en réalité qu’une façon d’imposer ses vues aux autres. Rien de plus logique car en physique comme en politique, la nature a horreur du vide. Il s’agit de la réalisation finale du marché unique européen, censé rester compétitif face aux puissances asiatiques. Ces exigences ne sont que la contrepartie de la pérennisation du fond de sauvetage européen que l’Allemagne est en mesure d’alimenter.

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Fait nouveau : l’Allemagne ne rechigne plus à envisager une coopération renforcée. Auparavant, elle souhaitait que toute décision soit prise à 27, intégrant ainsi des Etats hors de la zone Euro mais sous son influence directe comme la Pologne. Aujourd’hui, les discussions sur la restructuration des dettes est l’aveu que certains Etats ne sont pas solvables et qu’on ne pourra les sauver. La Grèce avec sa croissance négative, son plan d’austérité qui n’en finit pas de se durcir sans apporter le moindre soulagement, est visée. Inconsciemment, elle risque de ramener à elle, les Etats les plus solides, laissant sur le bas côté ceux qui ont un modèle différent, moins performant dans le contexte de la mondialisation. Le projet européen est-il en train de devenir le projet allemand ?

 

La « compétitivité » reste la solution maîtresse, si profondément ancrée dans le logiciel des hommes et des femmes politiques, qui faute de temps et de recul reviennent à leurs fondamentaux, soutenus par une science économique qui n’a pas vu la crise venir. L’Irlande dénommé « le tigre celtique » n’était-elle pas le modèle de compétitivité cité en exemple ? L’extraordinaire croissance de l’Espagne au début des années 2000 n’était-elle pas admirée ?

 

Le modèle allemand est loin de n’avoir que des avantages : Le travail précaire est devenue la norme, les banques des Länders sont dans un état désastreux, la démographie est vieillissante, l’économie est très exposée aux turbulences du marché mondial.

 

Si une meilleure coordination fiscale et sociale est nécessaire, l’intégration européenne ne signifie pas le simple aplanissement des différences. La maîtrise des dépenses budgétaires est certes un objectif mais ne peut constituer le pivot central de toute la politique européenne. Le modèle exportateur allemand ne fonctionne que si d’autres sont prêts à acheter ses marchandises. L’essentiel de son commerce extérieur se concentre d’ailleurs dans la zone euro. Réduire la demande intérieure - comme l’ont fait les allemands à l’époque de Schröder - par l’austérité dans toute l’Europe mènera à une impasse ou à la formation d’un petit noyau dur.

 

On se demandera alors si ce petit groupe d’Etats compétitifs pourra être nommé « Union Européenne » et si sa très solide monnaie sera encore « l’Euro ». Espérons qu’ils ne seront pas tentés de revenir au « Saint Empire »…  Une intégration positive de la zone euro, avec un grand plan de relance européen, financé par les bons du trésor européens n’est pourtant pas une utopie !

Publié dans Actualite de la crise

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