Le pigeon celtique

Publié le par paskov

Le cas de l'Irlande est particulièrement intéressant car il ne s'agit plus de l'un de ces Etats "paresseux et corrompus", languissant au bord de la méditérrannée, mais du modèle parfait que l'on a copié de la Baltique à l'Amérique centrale pendant presque 15 ans.

 

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l'Irlande vivait depuis des décénnies dans un relatif sous-développement. Le pays vivotait grâce au tourisme, mais subissait un chômage structurel, une émmigration massive et ne s'occupait pas de son industrie archaïque. A partir de 1987, une toute nouvelle orientation politique a permis à l'Irlande de se développer à une vitesse effrénée. Les gouvernements successifs ont dopé l'attractivité du pays pour les multinationales avec des taux d'impositions sur les sociétés très bas (12.5% contre 33.3% en France), une TVA réduite à 13.5%, et une fiscalité directe sur les particuliers elle aussi très favorable. De 1995 à 2007, l'économie irlandaise croît alors en moyenne de 6 % par an. Des centaines de milliers d'emplois sont créés dans l'informatique, les télécommunications, la construction. Le niveau de vie des Irlandais juste avant la crise était parmi les plus élevés au monde, juste derrière les luxembourgeois. Les jeunes qui étaient partis aux Etats Unis s'empressent de revenir. Le taux de chômage baissait à 4%. Les irlandais achetaient joyeusement des 4x4 et des villas. Le "tigre celtique" rugissait encore...

 

En 2007, la crise s'abat sur le pays qui est trop dépendant de l'extérieur et trop endetté. L'économie s'est contractée de 15% en trois ans. Les ménages sont ruinés, incapables de rembourser leurs dettes.  Le taux de chômage explose à 15%. Les jeunes polonais venus trouver du travail dans les années 2000 rentrent chez eux. On peut citer comme exemple la délocalisation de l'informatique Dell de Limerick vers la Pologne.

 

L'Etat a du intervenir pour sauver les banques (et par la même occasion le système banquaire mondial) à un niveau jamais atteint dans l'Histoire, proportionnellement à la taille de ce pays qui ne compte que 4,4 millions d'habitants. Le cauchemar porte le nom de Anglo Irish Bank, AIB, qui est une expèce de trou abyssal qui dépasse l'imagination. Le gouvernement a déjà versé 34 milliards d’euros pour soutenir ses banques, 12 autres milliards sont en route. En 2010, le déficit de l’État représentera 32 % de son PIB, un record dans la zone euro. Les pertes totales que les banques irlandaises (dont Allied Irish est la prochaine bombe) encaisseront sur des prêts de mauvais aloi pourraient se monter à 150 milliards d’euros.

 

Alors quelles sont les solutions? Si l'on possède un certain sens de l'humour , on peut affirmer que revenir aux 3% de déficit du Pacte de Stabilité, relancer la croissance, faire baisser le taux de chômage est encore possible avec des grands plans d'austérité généralisée.

- Le 9 avril 2009, "l'Europe félicite Dublin pour son plan d'austérité courageux"

- Le 5 novembre 2010, "Le commissaire européen aux Services financiers Michel Barnier a salué vendredi à Dublin le plan d'austérité courageux de l'Irlande pour tenter de réduire son déficit, estimant qu'il devrait permettre de voir "la lumière au bout du tunnel".

 

Déjà deux plans d'austérité lancés par la courageuse Irlande. Mais également un premier en Angleterre façon coup de massue. Un deuxième au Portugal. Un troisème en Espagne. Un énième en Grèce. A l'horizon, une illusion que l'on surnomme "reprise molle" ou "reprise fragile" et que l'on a volontairement entretenue en s'endettant encore plus... jusqu'au jour où ce ne sera plus possible.

Publié dans Actualite de la crise

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