Le Gabon tente de sortir de l’économie de rente par la filière du bois

Publié le par paskov

Article réalisé avec la collaboration d’Emeno Rosira, Chef de service Ressources Humaines à la Compagnie Nationale de Navigation Intérieure et Internationale (CNI) au Gabon.
 
Le Gabon, dont la taille fait à peu près la moitié de la France et qui compte seulement 1,5 million d’habitants, est un pays extraordinairement riche en ressources naturelles. Comme beaucoup de ses voisins du golfe de Guinée,  il s’agit d’une économie de rente, qui repose presque uniquement sur l’exportation du pétrole, du bois et de minerais.
 
Membre de l’OPEP, le pays produit plus de 12 millions de tonnes de pétrole chaque année, un secteur dont Shell et Total sont les principaux exploitants. Après le pétrole vient le secteur du bois car le pays est recouvert à 85% par la forêt équatoriale. Plus de 400 essences d’arbres différentes sont répertoriées, dont environ 80 sont exploitées. On trouve par ailleurs au Gabon du manganèse (2ème producteur mondial, élément essentiel de nombreux alliages dont les aciers les plus résistants), mais également du fer et de l’or.
 
Quand on se promène dans les rues de Libreville, la capitale, on est immédiatement frappé par le niveau des prix des biens de consommation courante. La ville est la 12ème la plus chère de la planète, la 3ème la plus chère du continent. Quasiment rien n’est produit sur place. Les produits importés européens et asiatiques (produits ménagers, électroniques, matériel de construction, etc.) sont difficilement accessibles pour la grande majorité des gabonais. Seuls les produits alimentaires locaux que l’on trouve sur les marchés sont à des prix décents pour le niveau de vie du pays.
 
La filière du bois
 
Metiers-du-bois.jpgLa simple exploitation des ressources brutes empêche le secteur privé de se développer. En effet, le secteur public, peu efficace, est le premier employeur du pays et le chômage dépasse largement 20% de la population active (les estimations sont peu précises). Le pétrole étant exploité par les multinationales étrangères, c’est le secteur du bois qui tient la place du premier employeur privé. Le gouvernement a logiquement choisi cette filière stratégique comme point de départ pour tenter de sortir de l’économie de rente.
 
En novembre 2009, le gouvernement a annoncé son intention d’interdire les exportations de bois non transformé, une décision entrée en vigueur en janvier 2010. L’objectif de cette interdiction est d’encourager les investissements étrangers dans le secteur, en apportant les installations de transformation et l’expertise nécessaires au développement des infrastructures, à la création d’emplois et à la formation de la main-d'œuvre. Pour accompagner cette interdiction, de nouvelles usines de transformation sont projetées par la Société Nationale des Bois du Gabon (SNBG), détenue à 51% par l’État et à 49% par des sociétés d’exploitation forestière privées.
 
En décembre 2010, il a été décidé la mise en place d’un fonds de 20 milliards de francs CFA (30,5 millions d’euros) pour aider l'industrie du bois à opérer sa transition. Le gouvernement a par ailleurs décidé avec le programme de conversion de dette entre la France et le Gabon d’injecter 970 millions de francs CFA (1,5 million d’euros) dans le secteur afin de créer le Bureau Industrie Bois, un organe administratif chargé d’appuyer l’industrialisation du secteur forestier, mais aussi de dispenser des formations aux opérateurs industriels et développer leurs compétences.
 
Le but de la reconversion de la filière est de produire des bois transformés avec le label « made in Gabon » et de créer ainsi de nombreux emplois locaux tout en évitant une exploitation sauvage des ressources forestières du pays. Tel serait le cas si les autorités décidaient de brader la forêt et de vendre des concessions aux entreprises étrangères les plus offrantes dans l’opacité ! En effet, le Gabon est un pays aux très nombreux parcs nationaux abritant parmi les espèces les plus rares et les plus variées de la planète.
 
Un grand projet d’investissement : La zone économique spéciale de Nkok
 
La zone économique spéciale (ZES) de Nkok, haut lieu de la filière bois, est un excellent exemple du potentiel et de l’attractivité du Gabon pour les investisseurs du monde entier. Ce projet qui a démarré en 2010 est un partenariat entre la République gabonaise et le groupe Olam Singapour. Olam détient 60% du capital et le Gabon 40%. Selon les chiffres avancés par les différents investisseurs, l’investissement est de l’ordre de 900 millions de dollars par an sur trois ans.
 
nkok.jpgSituée à 27 Km de Libreville, la ZES est répartie en deux principales zones : une zone industrielle, qui regroupe 75% des actions (on y retrouve les principales industries du bois, les unités de services et d’autres infrastructures), et les 25% restant, qui représentent la zone non industrielle : le quartier résidentiel, le secteur commercial et les loisirs. Sur le même site, d’autres activités seront mises en œuvre: une compagnie locale va développer une usine de transformation de ferraille ; une société s’est positionnée dans la production de ciment, la distribution d’essence avec Petro Gabon, le commercial avec M2H, l’immobilier avec SCI Sapa, la résidence d’accueil avec SCI Nayah, ou la pâte à papier avec Ellora Papermills.
 
Les investissements concernent les infrastructures pour l’accès au site bien sûr, mais également les énormes besoins en électricité. Sur place, une usine utilisera les déchets de bois comme matière première. Un autre projet de production d’électricité dans la zone de Fougamon qui utilisera l’hydraulique sera indispensable.
 
 
A suivre: "Réunir les conditions pour le développement du Gabon"

Publié dans Afrique Potentielle

Commenter cet article