Le désendettement officiel

Publié le par paskov

La réduction de la dette publique est une grande farce qui permet de cacher le véritable enjeu: Peut-on désendetter l'économie, annuler une grande partie de l'argent virtuel qui s'est accumulé depuis des décennies, sans détruire complétement le système financier?

 

contagion-L-nuhYfA.jpegQuand les autorités américaines décidèrent de laisser tomber Lehman Brothers, ils n'imaginaient pas que la réaction en chaîne des multiples créances allait provoquer la chute de l'ensemble du système. Les Credit Default Swaps sont des assurances permettant de compenser la perte d'actifs en cas d'événement de crédit, autrement dit en cas de défaut. Les CDS en position de nue permettent même de s'assurer contre un risque dont on n'est pas concerné (par exemple, l'accident de la voiture du voisin) ! Ces produits sont soupçonnés d'avoir accéleré la contagion des pertes au reste du monde, en seulement quelques minutes après la chute de Lehman Brothers. Pas facile donc de laisser tomber une grande banque! Pas facile d'encaisser des milliards de pertes!

 

En ce moment même, les autorités européennes tentent une autre méthode pour les finances de la Grèce. Le défaut est partiel. Les créanciers privés sont "volontairement" forcés d'échanger leurs titres contre des nouvelles obligations, dont les taux seront moindres et dont les délais seront allongés. Au final, ils risquent de perdre jusqu'à 70% de ce qu'ils comptaient recevoir. Il s'agit bien sûr d'un défaut partiel majeur. Un abandon de 100 milliards d'euros! Notre système financier va t'il pouvoir encaisser le choc? Les créanciers ont jusqu'à la mi-mars pour procéder aux échanges de titres. S'ils refusent de jouer le jeu, la Grèce file vers le défaut pur et simple.

 

Ce défaut partiel constitue naturellement un événement de crédit qui devrait activer les CDS et propager la contagion au monde entier. De manière grossière, l'ISDA (International Swaps and Derivatives Association) a accepté de marcher dans la combine des européens et de considérer que cette perte de 100 milliards, la plus grande restructuration publique de l'après guerre, ne constitue en rien un événement de crédit, sous le prétexte qu'elle est volontaire. Les CDS ont de facto été neutralisé. De son coté, la Banque Centrale Européenne protège les banques grecques soumises au choc également afin d'éviter la contagion.

 

Au vu des sommes en jeu, les mesures meutrières de quelques milliards visant à réduire le coût du travail et plongeant le pays dans la dépression sont avant tout un prétexte pour mieux faire passer la pillule.

 

C'est une première dans l'Histoire. La Grèce n'est naturellement pas un cas unique. La même opération devrait être répétée dans le monde entier, gonflé de dettes privées et publiques, provoquant un appauvrissement généralisé, des troubles sociaux majeurs et des crises politiques. Tel est le prix à payer pour sauver notre système financier et notre économie telle qu'elle fonctionne aujourd'hui. A moins que l'on décide de changer de cadre...

Publié dans Actualite de la crise

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