Le déni collectif

Publié le par paskov

Dès l'enfance, nous déveleppons un mode de protection très particulier, que nous utilisons tout au long de la vie à degrés divers. A l'école, un enfant vient de recevoir une très mauvaise note. Il va devoir l'avouer à ses parents et en subir les conséquences. Mais peu de temps avant de rentrer à la maison, il va jouer à la guerre avec ses amis, oubliant complètement la situation délicate dans laquelle il se trouve. Il s'agit de l'un des multiples mécanismes de défense dont le moi dispose pour se préserver de l'angoisse, le déni de réalité, théorisé naturellement par Freud. Du petit aveuglement à la forme extrême qu'est la schyzophrénie, il en existe une variéte infinie.

La forme qui m'intéresse le plus est le déni collectif. Quand le déni est d'envergure nationale, mondiale, ou touche un certain groupe d'acteurs. Le gouvernement turc et ses élites pratiquent une forme de déni en refusant de reconnaître le genocide arménien par exemple. Il est plus confortable psychologiquement de considérer les événements passés comme une cruelle conséquence de la guerre, appelée "tragédie de 1915".

Etrangement, il se passe un mécanisme comparable en cette rentrée 2011. Pendant le mois d'août, la prise de conscience que nous sommes au bord du gouffre a eu lieu: la chute des bourses, les milliards partis en fumée, la recherche de refuges comme l'or et les comptes à vue, l'incapacité du gouvernement américain de trouver un compromis sur la maîtrise de la dette publique, la proche insolvabilité de l'Italie et de l'Espagne et les secousses constitutionnelles allemandes. Tout a été oublie, "nié" en quelques jours. Il a suffit que les bourses remontent très légèrement et que les médias se tournent vers les faits divers et les questions nationales: éléctions, meurtres, tempêtes, météo. Les automatismes de la rentrée ont pris le dessus sur l'alarmisme. La rentrée est en effet un rituel bien défini depuis des décennies dans nos sociétés développées, habituées au rythme des vacances. Cette capacité à fermer les yeux alors que tous les indicateurs économiques sont toujours au rouge est fascinante. Les médias, les marchés, les élites se rattachent automatiquement au moindre petit signe laissant espérer un retour à la normale, à ce qui est connu et confortable. Pour au contraire rester éveillés et alertes, ils semblent avoir besoin de chocs visibles et directs .

Pourtant, au sein des peuples européens, une inquiétude sourde est perceptible. Les jeunes semblent résignés à l'idée qu'ils auront une vie moins heureuse que celles de leurs parents.

En surface, certains signes ne trompent pas: Ben Bernanke, le président de la réserve fédérale, a pour l'instant refusé de faire à nouveau tourner la planche à billet avec un Quantitative Easing numéro 3. Il dit en substance que les banquiers centraux sont à court de moyens et qu'il est grand temps que les politiques prennent le relais. Les armes monétaires sont désormais trop risquées, pouvant provoquer une inflation incontrôlée.

Christine Lagarde, nouvelle présidente du FMI, a surpris tout le monde en affirmant que nous sommes rentrés dans "une phase dangereuse" et appelant les économies développées à agir au plus vite contre le risque d'une nouvelle récession et à renforcer les fonds propres des banques européennes: "Les banques ont besoin d'une recapitalisation urgente". Tout le gratin politique et économique, notamment la Commission Européenne, a violemment réagi, considérant ces propos comme "incompréhensibles".

Si nous sommes bien dans une phase - courte - de déni collectif, quel est prochain choc qui nous ramènera à la réalité? Si nous avions une meilleure conscience de la gravité de la situation, nous pourrions agir plus rapidement. Nicolas Sarkozy s'agite auprès des chinois pour que le G20 entame une réforme monétaire mondiale, quatre grands pays européens ont interdit temporairement les ventes à decouvert le 13 août, mais ces efforts (miraculeux en soi) restent insuffisants.

 

Peut-être vaut-il mieux faire comme tout le monde: Tout va bien, donc profitons-en tant que ça dure! Champagne! Le déni a de nombreux attraits.champagne-2712e.gif

Publié dans Réflexions

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paskov 31/08/2011 08:39


@theodore: en effet, l'alarmisme, la conscience de la gravite de la situation, peut etre utilise pour faire passer des mesures impopulaires. Meme dans le cas ou les gens sont "eveilles", il faut
faire attention...


Théodore 30/08/2011 20:47


Il y a aussi Ben Bernanke qui se dit optimiste pour l'économie US dans le futur. En gros, on alarme les gens sur la situation sur le court terme, pour passer en douce des mesures d'austérité et des
réformes constitutionnelles sur la dette. Mais pour le long terme, on nous dit que tout va bien et que ça va se résoudre. En effet le système ne pourrait être défectueux.