L'Union Européenne bientôt haïe par la majorité?

Publié le par paskov

Mal aimée, l'Union Européenne risque aujourd'hui d'être haïe par une majorité de citoyens.


Depuis le début de la crise en 2007, aucun gouvernement de la zone euro ne s'est maintenu au pouvoir. Les citoyens mécontents ont systématiquement voté pour l'opposition. Dans certains cas, le manège gauche/droite ne suffisait plus pour contrer la montée des extrêmes et les premiers gouvernements d'union nationale ont été instaurés en Grèce et en Italie.


manifs.jpgCe rejet progressif et massif de la classe dirigeante qui s'exprime dans les urnes touche également de plein fouet l'Union Européenne et ses Institutions. Les sondages le confirment. Selon Eurostat, seuls 31% des citoyens ont une vision positive de l'Union en juillet 2012. Ils étaient 52% en 2007... Ils sont également 31% à avoir une image négative. Ils étaient 15% en 2007. Quand ils atteindront les 32%, les déçus représenteront une majorité. Le rapprochement des courbes est impressionnant. (Source: Eurobaromètre de juillet 2012)


Pendant des années, il était question d'un "problème de communication" que les Institutions de l'UE tentaient de résoudre a grands renforts de campagnes d'information sur l'UE en général, le programme Erasmus et les droits des citoyens européens. "Bruxelles" était une sorte de monstre froid et technocratique inventé par les médias qui ne rendaient pas compte de son fonctionnement, dépendant fondamentalement des Etats Membres. Sans s'interroger sur la pertinence de ce diagnostic datant du début des années 2000 et encore en vigueur, la nature du "problème" est tout autre aujourd'hui. 


Paradoxalement, le problème de la séparation artificielle UE/Etats-Membres semble avoir été résolu grâce à la crise financière. Une part toujours plus grande des citoyens ne différencie plus leurs élites politiques nationales des élites politiques européennes. 


Plusieurs éléments ayant eu un impact certain dans l'opinion permettent de soutenir cette idée:

- Les sommets européens à répétition, orchestrés de manière dramatique et très suivis par l'ensemble des médias, ont donné une image intergouvernementale de l'UE. Les citoyens assistent aux incessantes rencontres entre dirigeants qui cherchent des compromis jusque tard dans la nuit et reviennent "victorieux" dans leur pays. 

- La création des troïkas en Grèce, en Irlande et au Portugal, et qui seront sans doute mises en place en Espagne et en Italie prochainement. Il s'agit d'équipes composées de fonctionnaires de la Commission, de la Banque Centrale Européenne et du FMI qui appliquent les mêmes "remèdes" et qui négocient avec les gouvernements nationaux.

- Enfin la principale raison du grand désamour se situe sur le fond des politiques menées en Europe. Peu importe l'Etat, peu importe la couleur politique, nous vivons un grand désendettement et les prémices d'un grand effondrement économique, causé en grande partie par la déreglementation folle des années 70-80 et une conséquente mauvaise répartition de la richesse. Face à l'inconnu, les élites nationales et européennes confondues n'osent pas sortir du cadre dans lequel elles ont evolué depuis leur naissance (la génération des babyboomers). Logiquement, elles appliquent les méthodes disponibles, dictées par une science économique en manque cruel d'inspiration, et attendent un jour meilleur. Certains analystes considèrent que la crise peut durer encore 20 ans


Pourtant c'est parmi les citoyens européens que l'on entend de plus en plus de voix qui souhaitent une sortie du cadre, la remise en cause d'un modèle agonisant. Parallèlement, et en dehors du contexte institutionnel, une majorité souhaite toujours une coopération plus étroite entre les peuples d'Europe. Ne serait-il pas temps d'enfin considérer ces deux aspects conjointement pour trouver des solutions? Si nous attendons encore, les nationalismes et les autoritarismes se chargeront de répondre aux premières aspirations.

Publié dans Actualite de la crise

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