L'étrange enterrement du second rapport de la commission Attali

Publié le par paskov

attaliCertains documents deviennent intéressants quand on les enterre. Le deuxième rapport de la Commission pour la Libération de la Croissance présidée par Jacques Attali et composée de personnalités très diverses a reçu un accueil sibérien de tous les côtés. Le gouvernement le rejette en bloc poliment, la gauche dénonce une austérité inhumaine.

 

Si on prend le temps de le lire, on découvre une étonnante conciliation entre des positions très libérales et parfois plus conservatrices, fruits de difficiles compromis. Le politiquement correct côtoie de nombreuses vérités dérangeantes. L’avant-goût d’un éventuel gouvernement d’Union Nationale en cas de crise majeure?

 

Après un constat accablant sur l'état du pays, de nombreuses propositions prennent à contre-pied les politiques actuelles menées dans de nombreux Etats Membres de l'UE:

Il y a d'abord la jeunesse, qui est enfin reconnue en tant que priorité absolue. Face au chômage des jeunes et un tel gâchis de talents, il faudrait tout miser sur l'éducation: une meilleure formation des professeurs, des universités pluridisciplinaires, les doubles cursus, faciliter les allers-retours entre vie professionnelle et formation, etc. Il faudrait également accompagner les jeunes en rémunérant leur recherche d'emploi avec un "contrat évolution".

 

Sans être très précis, le texte prétend à une plus grande justice fiscale en libérant le travail et en taxant plutôt la consommation et le capital (ce qui va faire grogner les fortunés Baby Boomers). On touche là à une meilleure répartition des richesses, un sujet trop souvent évité par les débats actuels, pourtant à l’origine de la crise économique : « une fiscalité plus progressive, fondée sur une meilleure rémunération finale du travail et de la création, avec, en contrepartie, de nouvelles ressources fondées sur trois assiettes : les dégradations de l’environnement, la consommation et les patrimoines. » On comprend tout de suite mieux pourquoi le rapport est gênant pour le pouvoir (Bouclier fiscal, suppression des droits de succession, taxe carbone).

 

Il y a également une certaine vision de la croissance où l'on reconnait le style de Jacques Attali dans l'introduction: "Une nouvelle stratégie de croissance est donc indispensable. Une croissance réorientée, socialement et écologiquement plus durable. Pour croitre plus. Pour croitre autrement. Pour croitre pour tous." En total désaccord avec les décroissants (ces derniers nous proposent de réduire la productivité, certains prônant avec un accent malthusien la réduction du nombre de naissances, soutenant par là qu'il n'y aurait pas assez de place pour tout le monde), il s'agit ici de garder la foi en la capacité de nos sociétés de s'adapter et de trouver une croissance plus adéquate, plus humaine et moins axée sur l’accumulation du capital.

 

De très dures mesures d'austérité sont préconisées afin d’économiser 75 milliards et de redresser les finances publiques : moins de fonctionnaires, le gel de leur salaire jusqu’en 2013, de grandes coupes dans la sécurité sociale, notamment concernant les maladies lourdes, et plus d’efficacité, toujours plus d’efficacité. Il y a cependant une volonté évidente de sauvegarder l'Etat providence : « Le plan de redressement des Finances Publiques conserve totalement l’universalité de l’Etat-providence et partage le poids des efforts à accomplir entre l’Etat, les collectivités locales et la Sécurité Sociale ». Pendant que nos élites s'accordent souvent à dire que le modèle social français est mort et que les anglais détruisent ce qui reste du Welfare State, le rapport souligne au contraire que les "stabilisateurs automatiques", autrement dit les prestations sociales, ont permis à la France de mieux supporter le choc de la crise économique.

 

Il souligne enfin que les solutions européennes sont absolument nécessaires: Une politique énergétique européenne intégrée, une réglementation efficace des activités financières, l'émission d'obligations européennes pour respirer (les fameux bonds du trésor européens) et le rapprochement politique avec l'Allemagne.

 

Sans que l’on soit nécessairement d’accord avec ces propositions, le rapport a le mérite de poser de vraies questions sur notre survie. Comment peut-on s’en sortir ? A l'heure de l'austérité généralisée, du sauvetage des banques sans régulation, des "reprises" virtuelles, d'un chômage qui explose, de l'Europe en mode père fouettard, de la protection des intérêts des plus riches et d’un rééquilibrage global, il n'est pas étonnant qu'on préfère ne pas y répondre et fermer les yeux...

Publié dans Actualite de la crise

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