Désapprendre

Publié le par paskov

C'est un exercice très difficile auquel je vous convie. De la base au sommet, du jeune petit employé au vieux dirigeant, nous sommes tous plongés dans une profonde incertitude. Personne ne peut exactement dire ce qui va se produire dans les prochains mois. Certains personnages arrogants, tels que Nouriel Roubini qui annonce tous les mois une différente date pour l'éclatement de la zone euro, travaillent avant tout pour leurs clients: les médias, les hedge-funds ayant parié de l'argent dans un sens ou dans l'autre. La seule certitude est qu'un nouveau mouvement de l'Histoire est en train de se dérouler. Il faut être aveugle pour considérer les récents bouleversements géopolitiques comme mineurs. Il faut être en plein déni de réalité pour croire que notre vie quotidienne ne sera pas bouleversée, que tout continuera comme avant. Demandez aux Espagnols, aux Grecs, aux Italiens et aux Irlandais.


De manière subie ou voulue, le cadre dans lequel nous avons vécu est sur le point de changer rapidement. Il est très difficile de se représenter ce que ce changement signifie exactement. Moins de services publics? Des services de santé moins disponibles? Un marché de l'emploi encore plus morose? Et certains aspects plus positifs: Des économies d'énergie? Un changement de nos modes de consommation?


Un changement radical de cadre nous impose de remettre en cause tout ce que nous avions tenu pour acquis. Il faut désapprendre, ou au moins jeter un regard ouvert, humble sur ce tout ce qui était certain. Les 50 dernières années ont été si paisibles et si sûres que les certitudes à remettre en cause sont très nombreuses. La tâche sera d'autant plus ardue.


emc2.jpgLa communauté scientifique se rend à nouveau compte que la théorie de la rélativité n'est qu'une théorie, excellente, mais pas une vérité absolue. Des particules élémentaires (neutrinos) ont été mesurées à une vitesse supérieure à celle de la lumière, censée être infranchissable. On redécouvre depuis les contradictions avec la physique quantique. C'est justement de cette humilité, de cette ouverture à d'autres théories possibles - pour comprendre les notions de temps et d'espace - dont nous avons besoin pour tout le reste.  


Tous les fondements économiques reposant sur l'offre et la demande, sur l'autorégulation des marchés, sur la libre concurrence semblent dépassés aujourd'hui. Des indicateurs tels que le Produit Intérieur Brut, autrefois un voyant essentiel sur notre tableau de bord, est violemment critiqué. Il ne reste déjà plus grand chose du droit européen et du droit constitutionnel des Etats, bafoués dans l'urgence des multiples sauvetages d'entreprises, de banques, d'assurances et même de régions entières. La liste est longue.


Ceux qui resteront dans leurs certitudes risquent d'être emportés et de ne plus comprendre l'environnement qui les entoure. Les "manuels de survie en temps de crise" fleurissent dans les librairies et sur le net. Ce n'est pas non plus de ça qu'il s'agit. Se planquer dans sa cave avec des vivres et un fusil n'apportera pas grand chose à l'Humanité. Au contraire, il s'agit plutôt de garder l'esprit ouvert, désapprendre, réapprendre pour reconstruire. 

Publié dans Réflexions

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